GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Des représentants d'organisations de travailleurs et d'employeurs et des délégués gouvernementaux se réuniront du 21 au 25 janvier au siège de l'Organisation internationale du Travail (OIT) à Genève afin de trouver des solutions à la crise qui secoue les compagnies aériennes du monde entier depuis les évènements du 11 septembre dernier.
Selon le rapport * préparé en vue de cette réunion et intitulé « Réunion tripartite sur l'aviation civile: conséquences sociales et en matière de sécurité de la crise consécutive au 11 septembre 2001», l'impact des attentats perpétrés contre les Etats-Unis, qui, dans un premier temps, avait ébranlé surtout les grandes compagnies aériennes d'Europe et d'Amérique du Nord, devrait toucher de plus en plus les compagnies d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine.
«La crise est un facteur de précarité financière pour plusieurs compagnies aériennes dans le monde entier: Cela débouchera parfois obligatoirement sur la cessation d'activité et la liquidation, et parfois éventuellement sur la renationalisation ou le financement par des subventions. Globalement, on se dirige donc vers un regroupement des compagnies du secteur, qui amènera les pouvoirs publics, les usagers et les compagnies aériennes à relever de nouveaux défis», indique le document du Bureau international du Travail (BIT).
En effet, les licenciements économiques décidés par les compagnies aériennes vont certainement avoir des conséquences directes sur d'autres segments du marché du travail. Selon le rapport du BIT, la perte d'un emploi dans une compagnie aérienne entraîne la perte d'au moins quatre emplois dans le périmètre de l'aéroport (dans des secteurs comme la restauration, la manutention des bagages ou les services d'entretien et de sécurité de l'aéroport) et la perte d'environ trois emplois supplémentaires en dehors du périmètre de l'aéroport (dans les hôtels et les sociétés fournissant des services de transport et de logistique aux compagnies aériennes et aux passagers).
«Les transporteurs de fret ont été frappés de plein fouet», explique le rapport. «Le secteur du fret aérien, comme d'autres secteurs de l'aviation civile, manque de lisibilité sur l'évolution à court terme et à long terme.» Le fret aérien a enregistré un fléchissement particulièrement sévère en Asie (moins 35 pour cent), tandis qu'il chutait de 21 pour cent aux Etats-Unis et de 11 pour cent en Europe.
Quant aux fabricants de matériel pour le transport aérien, ils sont loin d'être sortis de la crise: de plus en plus d'appareils sont mis hors service, la valeur marchande des aéronefs en service diminue et les commandes de nouveaux appareils sont reportées ou annulées, signale le rapport du BIT.
Aux Etats-Unis, environ 800 appareils sont restés cloués au sol l'année dernière, en plus des quelque 1 200 qui avaient déjà été stockés avant les attentats du 11 septembre.
On estime que la cote des aéronefs a fléchi de 15 pour cent par rapport aux prix établis précédemment, les appareils à large fuselage étant encore plus touchés que les autres. Les deux principaux avionneurs mondiaux (Boeing et Airbus Industrie) ont réduit leur programme de production pour cette année et ont annoncé des suppressions d'emplois. Les fabricants d'appareils de plus petite taille et d'aéronefs à réaction, tels que Cessna et Raytheon, ont, eux aussi, annoncé l'abandon de certains programmes de production et des mesures de licenciement.
Par ailleurs, les fournisseurs de matériel de servitude au sol et d'équipements de communication et de divertissement à bord souffrent de la crise suite aux annulations ou reports de commandes par les compagnies aériennes.
Combien de temps durera cette crise de l'aviation civile? Les opinions des spécialistes divergent à ce sujet. Certains segments du marché (comme les compagnies à bas prix en Europe et les compagnies assurant les vols intra-régionaux en Asie) s'en sortent bien et même prospèrent en dépit de la conjoncture actuelle, mais il s'agit là d'exceptions.
Le rapport du BIT souligne que «toutes les prévisions à court terme se soldent par une croissance négative» et estime que «le plein redressement interviendra en 2003, c'est-à-dire entre 18 et 24 mois après la catastrophe». Certains facteurs pourraient retarder le redressement, notamment l'aggravation de la récession mondiale, la forte augmentation des coûts d'assurance et de sécurité, et la persistance de craintes parmi les passagers au sujet de leur protection.
Compte tenu de la gravité de la situation et des menaces qu'elle fait peser sur les travailleurs du secteur du transport aérien, le nombre de participants à cette réunion, organisée dans le cadre du Programme des activités sectorielles du BIT, sera de 150 au lieu de 60, comme prévu initialement. Il s'agira de représentants des principales compagnies aériennes et d'observateurs envoyés par les organisations internationales et les ONG concernées.
Au cours de cette réunion, les représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs évalueront les conséquences de la crise de l'aviation civile et formuleront des recommandations sur les mesures que les partenaires sociaux pourraient mettre en œuvre à l'échelon national et les actions que l'OIT pourrait entreprendre pour favoriser le redressement de ce secteur.
Les principales séances de discussion porteront sur le cadre réglementaire de l'industrie du transport aérien et la série d'obstacles qui entravent le regroupement des compagnies aériennes en difficulté. «Le régime établi entame à peine son adaptation aux nouveaux impératifs de la mondialisation», explique le rapport préparé en vue de la réunion; c'est pourquoi «la tension se renforce entre les règles existantes et les exigences du processus de la mondialisation».
La plupart des lignes aériennes sont toujours liées à un régime de propriété nationale et à un système de compagnies nationales, alors qu'une des principales tendances du secteur a été la formation d'alliances entre lignes concurrentes afin de répondre aux besoins évolutifs de la clientèle et à l'adaptation dictée par la mondialisation dans le secteur.
Actuellement, cinq alliances - OneWorld, Star, Wings, Sky Team et Qualiflyer - apparaissent comme les entités centrales de ce mouvement de regroupement. Bien qu'on puisse les considérer comme des «alliances mondiales», le rapport du BIT signale qu'«elles restent fragiles dans le contexte des attractions et des forces économiques en concurrence».
La mise en place de lignes aériennes mondiales, qui représente un alignement sur les autres secteurs, reste entravée par le régime de propriété nationale et les clauses de contrôle effectif propres aux accords bilatéraux, indique le rapport du BIT.
Beaucoup de spécialistes du secteur sont convaincus que l'interfinancement et la renationalisation ne constituent pas une solution appropriée aux problèmes latents. Les gouvernements doivent recevoir l'assurance que les services du transport aérien peuvent être fournis même sans la présence d'une compagnie nationale. Il faut dire que les syndicats et d'autres acteurs économiques, pour des considérations liées au notions d'intérêt public et de service public, sont opposés aux politiques favorisant les fusions, les absorptions et les regroupements au sein de l'industrie.
Les autres points qui seront abordés pendant cette réunion du BIT incluent les questions de sécurité, l'impact de la crise actuelle sur l'emploi, notamment les conséquences sociales de la restructuration et l'adoption de plans sociaux pour les travailleurs licenciés, ainsi que la promotion du dialogue social.
* «Réunion tripartite sur l'aviation civile: conséquences sociales et en matière de sécurité de la crise consécutive au 11 septembre 2001». Document TMICA/2002, Bureau international du Travail, Genève, 2002. ISBN 92-2-212823-0. Prix: 15 francs suisses.