GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Le Forum global sur l'emploi de l'Organisation internationale du Travail (OIT) s'est terminé ce samedi par le lancement d'un programme en dix points qui, devant l'urgence de la crise mondiale de l'emploi, est chargé d'inverser le cours de la montée en puissance du chômage et de la paupérisation, doublement touchés par la récession mondiale et les attaques terroristes du 11 septembre.
Cette initiative porte le nom d'Agenda global pour l'emploi. Adopté aujourd'hui par les 700 personnalités du monde politique et économique présentes au forum, il veillera à alléger au maximum l'impact du ralentissement spectaculaire de l'économie mondiale qui menace 24 millions de personnes de chômage et des millions d'autres de paupérisation.
Ce programme en dix points offre un cadre dans lequel seront regroupées les différentes forces identifiées comme pouvant créer des emplois et réduire la pauvreté, à savoir: le commerce international, les technologies de l'information, l'esprit d'entreprise, le respect de l'environnement, les politiques fiscales et monétaires, l'éducation, la formation, la santé, la sécurité, les politiques en matière d'emploi, la protection sociale et le dialogue social. Cet agenda sera soumis la semaine prochaine à l'approbation du Conseil d'administration du Bureau international du Travail (BIT).
Les participants à ce forum prônent également l'idée d'un plan mondial de mesures de relance afin de donner un coup de fouet à l'embauche et de réduire la pauvreté. Ils ont également lancé un appel à l'Organisation mondiale du commerce pour que leur prochaine réunion ministérielle qui se tient à Doha au Qatar du 9 au 13 novembre se joigne au combat pour l'emploi, en ouvrant le commerce international aux pays en voie de développement.
«L'urgence est là, palpable, aujourd'hui, maintenant. Nous la ressentons tous au plus profond de nous-mêmes», a indiqué le Directeur général du BIT dans son discours de clôture. «Nous sommes tous d'accord également pour dire qu'il ne faut pas s'attendre à des solutions rapides du style 'clés en main'.»
M. Juan Somavia a indiqué que le BIT veillera à forger une alliance globale pour l'emploi. Cette dernière réunira sur un même front ses partenaires sociaux habituels (gouvernements, employeurs et travailleurs), l'Organisation des Nations Unies et ses agences spécialisées, les institutions de Bretton Woods (Banque mondiale, Fonds monétaire international (FMI)) et l'Organisation mondiale du commerce.
Faisant référence aux attaques du mois de septembre, le vice-président des travailleurs au Conseil d'administration du BIT, Lord Bill Brett estime que «cette réunion tombe à point nommé, mais pour les mauvaises raisons». «La perte d'un demi million d'emplois aux Etats-Unis le mois dernier nous montre que le raz-de-marée est en route. Aucun rivage ne sera épargné».
Selon Lord Brett, un plan mondial de mesures de relance pourrait inverser la crise actuelle de l'emploi. Selon lui toujours, le FMI, la Banque mondiale et la communauté internationale devraient, sans plus tarder, se préparer à devoir gérer une montée généralisée du chômage. «L'allégement de la dette se traîne comme un escargot. Il est temps d'en accélérer le rythme.» Lord Brett s'est également prononcé en faveur d'une réduction des taux d'intérêt en Europe afin de relancer les économies.
«On s'attend à ce que la conférence de Doha ouvre les marchés internationaux aux pays en voie de développement», a-t-il ajouté. «Si tel n'était pas le cas, cela constituerait un retour en arrière considérable pour la mondialisation et le marché libre. Le groupe des travailleurs estime pour son compte que la clé dans ce domaine réside dans la volonté politique de chaque Etat.»
De son côté, le vice-président des employeurs au Conseil d'administration du BIT, l'argentin Daniel Funes de Rioja, estime que «nous sommes en train de perdre des ventes, des entreprises et des emplois».
Insistant sur le fait qu'un plus grand nombre de pays et de personnes devraient pouvoir tirer un avantage de la mondialisation de l'économie, il ajoute: «Je veux parler franchement. Comment espérez-vous que les pays en voie de développement puissent croire à la mondialisation et à la libéralisation du commerce quand des pays développés mettent en œuvre des mesures protectionnistes? Qu'elles soient justifiées pour éviter les pertes d'emplois ou pour équilibrer leur budget national ne changent rien à l'affaire.»
Optimiser la création d'emplois
par le commerce et les investissements
Un peu plus tôt dans la journée, le Forum a tenu une session sur le thème «Optimiser la création d'emplois par le commerce et les investissements» avec la participation de Rubens Ricupero, Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement. Ruzena Vintrova, conseillère auprès de la cellule stratégique du ministère tchèque de l'Economie; Neil Kearney, Secrétaire général de la Fédération internationale des travailleurs du textile, de l'habillement et du cuir; Michel Barde, Secrétaire général de la Fédération des syndicats patronaux, Robert Bisso, coordinateur de l'observatoire social de l'Institut du Tiers-Monde, basé à MonteVideo . Charles Hodson de CNN a servi de modérateur aux débats.
Les participants ont discuté de la façon dont les conditions de jeu du commerce mondial pouvaient devenir plus équitables afin d'optimiser la création d'emplois et faire en sorte que les joueurs qui, aujourd'hui, sont sur la touche, puissent devenir des titulaires à part entière du commerce mondial.
Ces spécialistes se sont mis d'accord pour dire que la récession aux Etats-Unis et le ralentissement de l'économie mondiale ont un effet préjudiciable pour la mondialisation. Au cours des derniers mois, les investissements étrangers directs ont chuté de 40%, principalement dans les pays industrialisés. Lors de la prochaine réunion de l'OMC, ont-ils déclaré, des réponses concrètes devront être apportées aux attentes des pays en développement en matière d'accès aux marchés internationaux.