GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Le Conseil d'administration du Bureau international du Travail (BIT) a demandé aujourd'hui au Directeur général, M. Juan Somavia, de désigner un Représentant spécial pour la coopération avec la Colombie qui sera chargé de seconder et de vérifier les mesures prises par le gouvernement et les organisations d'employeurs et de travailleurs en vue de donner effet aux recommandations de l'OIT relatives aux actes de violence répétés dont ont été victimes des syndicalistes au cours des dix dernières années.
Cette initiative a été prise à l'issue de l'examen du rapport de la mission de contacts directs qui s'est rendue en Colombie du 7 au 16 février 2000.
Le Représentant spécial fera régulièrement rapport au Conseil d'administration par l'entremise du Directeur général «sur la situation générale dans le pays en ce qu'elle affecte les droits syndicaux et la sécurité des dirigeants syndicaux» et sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre d'une série de recommandations établies par les organes de contrôle de l'OIT.
Dans son rapport, la mission conclut que «le nombre des assassinats, enlèvements, menaces de mort et autres attentats violents en Colombie commis à l'encontre de dirigeants syndicaux et de travailleurs syndiqués est sans précédent dans l'histoire». Entre 1991 et 1999, il y aurait eu, d'après le gouvernement colombien, 593 assassinats de dirigeants syndicaux et de travailleurs syndiqués, alors que l'Ecole nationale syndicale avance le chiffre de 1 336.
En ce qui concerne les auteurs de la violence contre les dirigeants syndicaux, «dans l'immense majorité des cas il s'agit des groupes dits paramilitaires et, dans une bien moindre mesure, des groupes de guérilla et, parfois, d'agents des forces armées», indique le rapport. Les procès contre les auteurs matériels et les instigateurs des assassinats de dirigeants syndicaux «n'ont pratiquement donné lieu à aucune condamnation, et ce n'est qu'exceptionnellement que l'on parvient à éclaircir les faits, à identifier les coupables et à leur appliquer, dans toute leur rigueur, les peines prévues par la loi».
La mission a également constaté que le gouvernement «a destiné de très importantes ressources humaines et financières à un programme de protection des défenseurs des droits de l'homme, qui a été étendu à un certain nombre de dirigeants syndicaux». Ce programme prévoit l'installation de systèmes de sécurité, l'attribution de gardes du corps à certains dirigeants syndicaux menacés, la fortification des sièges de syndicats. Une baisse très importante du nombre d'assassinats de dirigeants syndicaux et de travailleurs syndiqués a été constatée en 1998-99 par rapport à la période 1996-97. «Toutefois, des assassinats continuent de se produire à intervalles réguliers», signale le rapport de la mission.
Enfin, la mission attire l'attention sur l'importance du «Plan Colombie», processus de paix engagé par le gouvernement avec les forces insurgées, «appuyé sans réserve par les organisations de travailleurs et d'employeurs du pays et par l'ensemble de la société colombienne, qui a des chances de succès raisonnables et mérite tout le soutien de la communauté internationale et bien entendu de l'Organisation internationale du Travail».
Par ailleurs, le Comité de la liberté syndicale a examiné une plainte contre le gouvernement de la Chine, dans laquelle la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) présente des allégations relatives à l'agression physique et à la détention de militants syndicalistes, ainsi qu'à des cas d'incarcération pour tentatives de création d'organisations syndicales indépendantes ou d'activités de défense des intérêts des travailleurs. *
Le comité a rappelé que «plusieurs dispositions de la loi sur les syndicats sont contraires aux principes fondamentaux relatifs au droit des travailleurs, sans distinction d'aucune sorte, de constituer les organisations de leur choix et de s'y affilier sans autorisation préalable, et au droit des syndicats d'élaborer leurs statuts, d'organiser leurs activités et de formuler leurs programmes d'action».
Le comité a exhorté le gouvernement à prendre les mesures nécessaires pour que soient immédiatement libérés un certain nombre de syndicalistes. Il a aussi rappelé au gouvernement «que les travailleurs doivent pouvoir jouir du droit de manifestation pacifique pour défendre leurs intérêts professionnels et que les autorités ne devraient avoir recours à la force que dans des situations où l'ordre public serait sérieusement menacé».
Le comité a demandé au gouvernement d'examiner la possibilité d'accueillir une mission de contacts directs.
Le Conseil d'administration a élu son Président pour 2000-2001 en la personne de M. Celso L. Nunes Amorim, Ambassadeur, représentant du gouvernement du Brésil, qui succède à M. Jean-Jacques Elmiger, Ambassadeur, représentant du gouvernement de la Suisse, dont le mandat avait commencé en 1999.
Né à São Paulo (Brésil), en 1942, M. Nunes Amorim est le Représentant permanent du Brésil auprès des Nations Unies et de l'Organisation mondiale du commerce à Genève depuis 1995. Il a été ministre des Affaires étrangères en 1993-94 et Président du Conseil de sécurité de l'ONU en janvier 1999.
M. Rolf Thüsing, membre du Conseil exécutif de la Confédération des associations des employeurs d'Allemagne, a été réélu Vice-président employeur. M. William Brett, membre du Conseil général du Congrès des syndicats du Royaume-Uni, a été réélu Vice-président travailleur.
MM. Amorim, Thüsing et Brett composeront le bureau du Conseil d'administration pendant sa session 2000-2001. Le Conseil d'administration, organe exécutif du BIT, se réunit trois fois par an à Genève. Il prend les décisions d'ordre politique et établit le programme et budget des 175 Etats Membres de l'Organisation.
Dix des représentants gouvernementaux au Conseil d'administration sont nommés par les Membres dont l'importance industrielle est la plus considérable (Allemagne, Brésil, Chine, Etats-Unis, France, Inde, Italie, Japon, Royaume-Uni, Fédération de Russie). Les représentants d'autres pays Membres sont élus par les délégués gouvernementaux à la Conférence internationale du Travail tous les trois ans, compte tenu de la répartition géographique. Les employeurs et les travailleurs élisent leurs propres représentants dans des collèges électoraux séparés.
* 322 e rapport du Comité de la liberté syndicale: Colombie (document GB.278/3/2) et Rapport du bureau du Conseil d'administration (document GB.278/4), 278 e session du Conseil d'administration du BIT, Genève, juin 2000.