Le Directeur général du BIT souligne la nécessitéde renforcer la protection de la maternité

Type Communiqué de presse
Date de parution 5 juin 2000
Référence BIT/00/23
Unité responsable Communication et information au public
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GENÈVE (Nouvelles du BIT) - A l'occasion d'un discours prononcé lors d'une séance plénière de la 88 e session de la Conférence internationale du Travail, le Directeur général du BIT, M. Juan Somavia, a lancé un appel en faveur du renforcement de la protection de la maternité pour les travailleuses et a souligné «la nécessité de mener à bien la révision de la convention de l'Organisation internationale du Travail (OIT) sur la protection de la maternité». Il a déclaré que cette question constitue «un exemple parfait de la manière dont l'égalité entre les sexes se trouve au cœur du travail décent».

«Je voudrais aller au cœur de ce débat - l'être humain concerné - la femme qui souhaiterait porter un enfant en toute sécurité et le nourrir pendant quelque temps après sa naissance sans craindre de perdre son travail et ses revenus ou de compromettre sa carrière.»

Pour M. Somavia, les mesures prises en faveur de la femme dans cette situation «ne sauraient être purement économiques. Il s'agit d'un problème de société, de la stabilité de la famille et des valeurs familiales, et la question qui se pose est de savoir comment nous devons partager les responsabilités et les coûts».

D'après M. Somavia, «on a pu craindre que la révision de cette convention aboutisse à un affaiblissement des normes qui ont été énoncées il y a un demi-siècle et que de nombreux pays ont déjà dépassées, plutôt qu'à la modernisation de ces normes».

Il ne saurait en être ainsi, a-t-il insisté. «J'ai le ferme espoir que les instruments que vous allez adopter seront suffisamment forts pour assurer une protection effective de la maternité dans les sociétés d'aujourd'hui et constitueront un élément clé du travail décent.»

Prônant un renforcement des motivations et des moyens mis en œuvre pour mener une action efficace, M. Juan Somavia a invité les délégués à faire en sorte que l'OIT «soit à la tête d'une coalition mondiale pour un travail décent».

Il faut renforcer le tripartisme, qui fait intervenir les gouvernements, les travailleurs, et les employeurs. Mais il faut aussi «de nouvelles entreprises, de nouvelles coopératives, de nouvelles initiatives, de nouveaux accords internationaux et de nouveaux réseaux mondiaux qui permettent de répondre aux besoins non encore satisfaits. Il s'agit de développer au maximum non seulement le profit mais aussi l'impact social».

Le concept de travail décent exprime dans la langue de tous les jours le but global de l'OIT et correspond à ce que les travailleurs sont en droit d'attendre dans une économie globale: «Ce que les gens demandent», a noté M. Somavia, «c'est d'avoir un travail grâce auquel ils puissent élever leurs enfants, avoir une vie de famille stable et jouir d'une certaine sécurité, notamment bénéficier d'une retraite.»

«Le travail décent est un but ambitieux mais les gens ont le droit d'être ambitieux lorsqu'il s'agit d'eux-mêmes et de leurs familles.» Etant donné la diversité des circonstances et des aspirations, le travail décent ne saurait être «un vêtement à taille unique», a précisé M. Somavia.

«Il s'agit au contraire d'une manière d'aborder de façon cohérente et dynamique les différentes aspirations et les différents objectifs des différents individus, des différentes cultures et des différentes sociétés», a insisté le Directeur général du BIT.

«La question est de savoir comment traduire cela dans les faits. Nous sommes tous conscients que les possibilités de travail décent évoluent avec le progrès économique et social et que l'on peut et que l'on doit placer la barre toujours plus haut.»

La démarche actuelle, qui se caractérise par un accroissement, dans le monde entier, du travail informel et du travail précaire, «n'est pas efficace». Critiquant la dégradation à grande échelle des salaires et des conditions de travail due à l'importance croissante du secteur informel, M. Somavia s'est dit convaincu qu'il faut incorporer les aspirations des gens dans leur travail, et ce dès le début, faute de quoi on débouche sur le travail des enfants, la discrimination, les tâches très dangereuses, les pratiques intolérables et l'exploitation pure et simple.

«C'est l'idée de travail décent qui doit nous guider» dans tous nos efforts pour combattre ces maux. «Nous savons qu'il faudra du temps pour que chacun ait un travail décent. Cette tâche incombe à l'ensemble de la société.»

Le prochain grand défi à relever consistera à «rendre opérationnel le travail décent au niveau national en s'appuyant sur le minimum social que constitue la Déclaration de l'OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail ». Encourageant les délégués à promulguer la Déclaration, il a demandé si l'on ne pourrait pas afficher la Déclaration dans tous les lieux de travail.

S'agissant de la convention n°182 sur les pires formes de travail des enfants, adoptée par la précédente session de la Conférence internationale du Travail, M. Somavia a appelé l'attention des délégués sur «la campagne intensive qu'a menée le Bureau et qui s'est traduite par un nombre record de ratifications de cette convention fondamentale. Plus de 30 pays devraient ratifier cet instrument d'ici à la fin de la Conférence et d'autres ratifications sont en vue», a-t-il ajouté.

L'élimination des pires formes de travail des enfants est «une obligation morale» et la prochaine étape consistera à travailler avec les pays qui veulent mettre en place un programme et un calendrier pour l'élimination des pires formes de travail des enfants. Il a assuré tous les pays qui souhaitaient s'engager dans cette voie de l'entière coopération de l'OIT.

S'agissant de la mondialisation, M. Somavia a dit que «force est de constater que les bienfaits de la mondialisation ne profitent pas à suffisamment de gens. On sait que l'économie mondiale ne crée pas assez d'emplois, et en particulier de moyens d'existence durables qui permettent de mener une vie décente.»

«Si l'on ne fait rien pour remédier à l'insatisfaction grandissante que suscite la mondialisation dans sa forme actuelle, la réaction de rejet continuera, celle qui est visible et qui s'exprime dans la rue, mais aussi le rejet silencieux dans les foyers.»

«La révolution de l'information et de la communication, qui est l'élément moteur de la globalisation de la production, est certainement irréversible», a insisté M. Somavia avant d'ajouter que «les politiques qui accompagnent la mondialisation n'ont rien d'irréversible, qu'elles soient macroéconomiques, financières, commerciales, sociales ou qu'elles concernent le développement».

«Pour déterminer si l'économie globale est un succès, il faut non seulement examiner le taux de croissance et le rendement du capital investi, mais aussi se demander si elle a contribué à répondre aux besoins des gens.»

A cet égard, il incombe à l'OIT et au système multilatéral «d'aborder les aspects sociaux de la mondialisation comme ils ne l'ont jamais fait jusqu'à présent».

«Des politiques plus soucieuses des aspects sociaux sont nécessaires», a-t-il insisté. «De même, le système multilatéral doit adopter une approche plus intégrée et les organisations qui le composent doivent cesser d'agir chacune de leur côté et commencer à se comporter comme les membres d'une équipe qui visent le même but.»

S'adressant aux délégations des 175 Etats membres de l'OIT, M. Somavia les a invitées «à continuer à rechercher des solutions qui soient fidèles à nos valeurs et qui permettent de conjuguer les impératifs du monde moderne et les intérêts communs de nos mandants».

«En faisant de l'instauration du travail décent au niveau national une tâche prioritaire, j'engage l'OIT à collaborer avec ces pays pour que le concept de travail décent sorte des salles de conférence de Genève et devienne une réalité dans les champs, les usines et les bureaux de vos pays», a-t-il déclaré aux délégués.

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