La Pologne enregistre des progrès «impressionnants» sur le front économique et social

Type Communiqué de presse
Date de parution 15 novembre 1999
Référence BIT/99/38
Unité responsable Communication et information au public
Autres langues Español • English

GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Défiant ce qui paraissait être, au début de la décennie, des problèmes économiques quasiment insurmontables, la Pologne a réalisé une «performance économique impressionnante», enregistrant des taux moyens de croissance annuelle de 5,5% depuis 1993 et renversant la tendance au déclin précipité de la production et de l'emploi qui avait caractérisé les premières phases de la transition économique. C'est ce que constate un rapport * publié aujourd'hui par le BIT, à Genève.

Même s'il est probable que la croissance ralentira en 1999, on s'attend encore à ce qu'elle atteigne le rythme relativement élevé de 3,2%. Parmi tous les pays d'Europe centrale et orientale, c'est en Pologne que la reprise a été la plus rapide. Tout au long de la décennie, le processus de transition «a fondamentalement modifié les relations entre la Pologne et le reste du monde, les liens économiques avec les anciens pays socialistes - qui étaient décidés au niveau politique - ayant été remplacés par des flux essentiellement déterminés par le marché».

Le secteur privé est devenu le principal moteur de la croissance puisqu'il assure presque 70% de la production nationale et des emplois, dans une économie spécialisée dans les exportations industrielles à forte densité de main-d'œuvre.

Bien qu'il soit difficile de mesurer séparément l'impact spécifique de la mondialisation sur le processus de restructuration en Pologne, le rapport estime que l'«on peut affirmer sans risque que la libéralisation du commerce et des investissements a contribué à l'amélioration et à la modernisation du système de production». En dépit des effets initialement néfastes des réductions de main-d'œuvre dans l'industrie, l'investissement direct étranger semblerait avoir stimulé les revenus: «les salaires moyens dans les entreprises manufacturières détenues par des capitaux étrangers sont 50% plus élevés que ceux pratiqués dans les entreprises manufacturières du secteur privé national», souligne le rapport.

Le chômage, qui s'établit à 10œuvre11% de la main-d'œuvre totale, reste élevé mais se situe en-deça des niveaux proches de 15% qu'il atteignait au début des années 1990.

Les résultats de l'étude ont été discutés lors d'une réunion nationale tripartite de haut niveau qui s'est tenue en septembre à Varsovie et seront présentés à un groupe de travail du Conseil d'administration du BIT qui examine l'impact social de la mondialisation dans certains pays.

L'évaluation généralement optimiste des perspectives du marché du travail et de l'économie en Pologne est toutefois tempérée par l'existence de «fortes disparités régionales». Le rapport relève que l'écrasante majorité des nouveaux emplois et des opportunités de revenus se concentrent dans les centres urbains, en particulier à Varsovie, alors que l'économie rurale reste à la traîne.

A la campagne, «une partie importante de la main-d'œuvre se trouve soit au chômage, soit sous-employée». Le rapport indique que l'agriculture «représente plus d'un quart de l'emploi total, mais seulement 6% du PIB».

Entre 1992 et 1997, poursuit le rapport, «le nombre d'emplois à Varsovie a augmenté de presque 30% alors que, durant cette même période, 15 des 49 voïvodies (districts) enregistraient des pertes nettes d'emplois». En 1998, deux voïvodies souffraient même de taux de chômage supérieurs à 20%. En comparaison, le taux de chômage dans les grandes villes se situait aux alentours de 2 à 4%, «une situation de quasi-plein emploi», note le rapport.

Si l'on n'y prend garde, suggère l'étude du BIT, le processus de croissance «déséquilibrée» que suit la Pologne pourrait avoir un impact négatif sur la stabilité sociale et les perspectives économiques en creusant les disparités de revenus entre villes et grandes métropoles et en aggravant, dans le secteur industriel, la croissance rapide des salaires, laquelle a déjà provoqué une érosion de la compétitivité des coûts de certaines exportations polonaises.

Le rapport du BIT affirme que les déséquilibres régionaux «sont essentiellement imputables à des facteurs structurels dont la plupart ne pourront être corrigés que grâce à une intervention de l'Etat, en coopération avec les partenaires sociaux». Plus précisément, l'infrastructure est notoirement insuffisante en dehors des grandes villes et le manque de routes, de chemins de fer ainsi que la pénurie dans le domaine des télécommunications risquent de limiter le commerce et le potentiel de développement des zones rurales. Les insuffisances de la formation professionnelle et du soutien institutionnel en faveur de la diversification de l'agriculture entravent également le développement économique des zones rurales.

L'étude du BIT passe en revue ces questions, ainsi que d'autres qui sont susceptibles de poser problème, avant de conclure que «le développement des infrastructures matérielles et du capital humain peut probablement être considéré comme une priorité politique de premier ordre en Pologne». Le développement d'infrastructures dans les zones rurales «serait particulièrement important si l'on décidait de relever le défi qui consiste à résorber le fort taux de chômage non déclaré dans le secteur agricole».

L'étude reconnaît que des investissements dans les infrastructures et le système éducatif du pays exerceraient probablement des pressions à la hausse sur les dépenses gouvernementales. Elle relève en outre qu'en matière de finances publiques et de développement économique, la stratégie à moyen terme du gouvernement est favorable à une hausse prononcée de la part des investissements publics dans le PIB, qui passerait de 3,5% à 4,5 voire 5% dans les toutes prochaines années.

En même temps, des projets envisagent une réduction substantielle des impôts sur le revenu tant pour les ménages que pour les entreprises, ce qui pourrait réduire la capacité du gouvernement à financer les infrastructures et les projets éducatifs. L'analyse et les conclusions politiques de l'étude du BIT «tendraient à suggérer que le développement des infrastructures est devenu plus urgent qu'une réduction substantielle des taux d'imposition». Etant donnée l'importance capitale des concessions mutuelles induites par les différentes options politiques, le BIT perçoit là «un argument irrésistible pour que ces questions soient discutées dans le cadre d'institutions nationales tripartites».

Faire en sorte que le système éducatif soit plus conforme aux exigences du marché du travail constitue un autre défi majeur. L'enseignement professionnel souffre d'insuffisances et les niveaux d'éducation dans les zones rurales sont faibles, expliquant le fossé qui existe dans le pays entre les villes et les campagnes.

L'étude recommande en outre une diversification des activités économiques dans les zones rurales ainsi que la promotion du dialogue social entre les partenaires sociaux.

* Studies on the social dimensions of globalization - Poland, Bureau international du Travail, Genève, 1999.

^ top