Les syndicats cherchent à organiser les millions de travailleurs marginalisés dans les emplois du "secteur informel" florissant

Type Communiqué de presse
Date de parution 18 octobre 1999
Référence BIT/99/31
Unité responsable Communication et information au public
Autres langues Español • English

Genève (Nouvelles du BIT) - Le "secteur informel" - concept qui renvoie au large éventail des petits emplois généralement irréguliers et souvent constitués d'expédients - absorbe désormais jusqu'à 60 % de la main-d'œuvre dans les métropoles et autres villes du monde en développement. Dans nombre de pays, il est le seul secteur de l'économie à créer de nouveaux emplois.

Des syndicalistes de 31 pays vont se réunir au BIT pendant cinq jours pour mettre en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés les travailleurs du secteur informel et pour élaborer des stratégies visant à organiser cette fraction marginalisée mais en plein essor de la main-d'œuvre mondiale.

Un document d'information (1) préparé pour cette réunion indique que les activités du secteur informel - qui peuvent aussi bien toucher le commerce que l'agriculture, la construction, l'industrie manufacturière, les transports ou les services - représentent la grande majorité des nouveaux emplois créés en Amérique latine et en Afrique au cours de la présente décennie. Dans des pays comme la Bolivie, le Bangladesh, la Colombie, la Côte d'Ivoire, la Gambie, la République-Unie de Tanzanie ou l'Ouganda, l'emploi dans le secteur informel représente plus de la moitié de l'emploi total.

La majeure partie de l'activité associée au secteur informel se concentre dans les zones urbaines. Les emplois concernés vont des petits services au coin de la rue (distributeur de monnaie, vendeur sous kiosque, laveur de carreaux, etc.) aux transports (pousse-pousse, livreur) en passant par la petite industrie manufacturière et la construction (ameublement, sculpture sur bois, réparation de montres).

Ces emplois font partie d'une vaste gamme de petites activités génératrices de revenus qui sont pratiquées en dehors du cadre réglementaire officiel et utilisent habituellement peu de capital, de technologie et de compétences, offrant proportionnellement de faibles niveaux de rémunération, peu voire aucune sécurité de l'emploi et des conditions de travail souvent déplorables.

"Le secteur informel reflète la stratégie de survie des pauvres, ceux qui n'ont ni emplois ou revenus stables, ni aucune forme d'assurance sociale", affirme Manuel Simon, Directeur du Bureau des activités pour les travailleurs du BIT. "C'est souvent le seul recours dont disposent les travailleurs livrés à eux-mêmes qui doivent se débrouiller."

La faiblesse de la productivité et des revenus, ainsi que l'absence de protection sociale, de formation et de services sociaux, constituent un fardeau particulièrement lourd pour la plupart des groupes les plus vulnérables de la société, y compris pour les femmes, les enfants et les migrants que l'on retrouve de manière disproportionnée dans le secteur informel.

Le document du BIT relève que "le secteur informel n'existe pas isolément du secteur officiel". En fait, les travailleurs passent sans cesse de l'un à l'autre en fonction de facteurs tels que les périodes de l'année, la situation économique et les exigences de leurs stratégies de survie.

Les syndicalistes réunis au BIT doivent débattre des moyens d'améliorer la qualité de l'emploi dans le secteur et d'organiser cette main-d'œuvre massive et potentiellement puissante que les syndicats ont traditionnellement négligée pour un certain nombre de raisons. La négligence dont ont été victimes les travailleurs du secteur informel par le passé s'explique par un certain nombre d'assertions qui ne sont plus aussi clairement définies (on affirmait que le secteur informel est éphémère par nature; que l'on ferait mieux d'utiliser les maigres ressources disponibles à tenter de mobiliser et de maintenir les adhérents au sein de l'économie moderne; et que les travailleurs indépendants sont des "entrepreneurs" qui ne peuvent donc pas être considérés comme des adhérents syndicaux potentiels).

On espérait que ce type d'activités disparaîtrait avec l'apparition du développement économique. Les trente dernières années de ce siècle ont démontré que ce raisonnement était faux. L'objet de cette réunion est de rechercher les moyens par lesquels les gouvernements et les décideurs peuvent mettre en œuvre, dans la pratique, leurs promesses en matière d'amélioration de la qualité des emplois dans le secteur informel. Les syndicalistes réunis au BIT débattront des politiques plus concrètes que pourraient suivre les gouvernements dans des domaines tels que les normes de travail, le droit du travail, la politique macroéconomique, la politique de l'emploi, la formation et le développement du capital humain, la protection sociale et le développement des petites entreprises.

"Aujourd'hui, le mouvement syndical international, dans une large mesure, admet et soutient la nécessité pour les syndicats de se mettre à la portée de ces travailleurs et de mener campagne en leur nom". Le document du BIT souligne qu'au cours de la décennie écoulée, de nombreuses centrales syndicales nationales ont commencé à revoir et à réformer leurs perceptions et leurs politiques à l'égard du secteur informel. Il a été fait preuve de beaucoup de créativité pour tenter de jeter des ponts entre le mouvement syndical officiel et les travailleurs du secteur informel.

A la lumière de cette évolution, la réunion du BIT abordera une vaste gamme de questions, y compris les stratégies des syndicats, leurs priorités et l'allocation de ressources au secteur informel. La réunion devrait aussi générer des propositions politiques visant à répondre aux besoins des travailleurs du secteur informel et à leur donner "une voix".

1. Les syndicats et le secteur informel : pour une stratégie globale, Bureau international du travail, Genève, 1999. ISBN 92-2-211791-3.

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