M. Henri Konan Bédié, Président de la République de Côte d'Ivoire, s'adresse à la Conférence internationale du Travail

Type Communiqué de presse
Date de parution 10 juin 1999
Référence BIT/99/19
Unité responsable Communication et information au public
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GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Dans un discours délivré à la tribune de la Conférence internationale du Travail ce matin à Genève, M. Henri Konan Bédié, Président de la République de Côte d'Ivoire, a lancé un appel à une nouvelle vision du développement partagé des sociétés humaines avec une éthique qui allie la démocratie, la mondialisation, la solidarité, et la justice.

S'adressant "pour le compte des pays en développement et de son pays, la Côte d'Ivoire, pour le compte de cette Afrique qui travaille, qui progresse," aux représentants gouvernementaux et aux organisations d'employeurs et de travailleurs des 174 Etats membres de l'OIT à l'occasion d'une séance spéciale de la 87 ème session de la Conférence, le Président Bédié a salué en M. Juan Somavia, le nouveau Directeur général du Bureau international du Travail (BIT), "un représentant de l'hémisphère sud qui connaît bien les problèmes des pays en voie de développement", soulignant "que l'avènement d'hommes issus des continents pauvres, informés de la situation particulière des sociétés traditionnelles brutalement confrontées aux exigences d'une compétition économique internationale, peuvent aider à la mise en œuvre de solutions inventives pour les sortir des difficultés".

"S'il est vrai", a-t-il cependant rappelé, "qu'un nombre de pays africains sont exposés à des crises graves, voire à des guerres civiles, il est bon aussi de reconnaître et de faire savoir à la communauté internationale que la plupart des nations africaines, environ les trois-quarts, vivent dans la paix avec la volonté tendue vers l'amélioration de leurs conditions de vie".

La Côte d'Ivoire a pendant des décennies connu un essor remarquable et dans ce cadre, "une protection et une réglementation de haut niveau bénéficiant à toute la population salariée a constitué un important facteur de cohésion sociale". Mais différentes évolutions modifient désormais "l'édifice social des nations".

"Le droit du travail si chèrement acquis devient un droit au travail", a déclaré le Président. "Mais face au sous-emploi massif de millions de personnes, la priorité absolue des gouvernements, quelles que soient les régions du monde, est de favoriser la création d'emplois avant de chercher à les protéger".

"Dans les pays en développement", a-t-il déploré, "les politiques d'ajustements structurels pour l'allégement de la dette sont parfois des revers pour l'emploi dans le secteur public, non compensés par des créations du secteur privé".

De plus, "la flexibilité de la production et du travail", de même que "le phénomène irréversible et envahissant de la mondialisation, abandonnent de plus en plus aux seules forces du marché le droit social et le droit du travail, en particulier le système de protection collective et les dispositifs de lutte contre les inégalités". Il se produit en outre "une dissociation croissante entre le pouvoir économique mondialisé et le pouvoir politique limité à ses frontières nationales, de sorte que les acteurs principaux du développement échappent de plus en plus au contrôle démocratique".

"Cette Conférence doit, je le pense, affirmer clairement que certains domaines doivent être maintenus sous l'autorité de règles édictées par la puissance publique, nationale ou internationale, sans quoi des pans entiers de la vie sociale échapperont à toute maîtrise collective et se trouveront fortement dégradés", a-t-il averti.

Les nouvelles orientations de la politique économique et sociale doivent "placer l'homme au centre" et viser à l'élaboration de "modèles de développement durable". Pour cela, les pays africains doivent "renforcer leur cohésion dans le dialogue et les négociations avec les institutions de Bretton Woods qui, par ailleurs, doivent être davantage ouvertes et démocratisées afin de mieux comprendre les réalités vivantes sur des terrains divers et différenciés".

En Afrique comme ailleurs, "l'emploi se déplace vers les petites entreprises", a noté le Président Bédié. "Qui ne connaît pas le formidable esprit d'entreprise des Africains, ne connaît pas l'Afrique". Mais pour multiplier le nombre des micro-entreprises et de PME, il est nécessaire de compléter les dispositions du code du travail afin "d'élaborer une réglementation qui garantisse une protection sociale de qualité pour le travailleur indépendant. Votre Conférence doit être le révélateur des zones inexplorées du droit du travail hors des chantiers traditionnels du travail salarié", a-t-il souhaité.

"Cette démarche en faveur de l'entreprise individuelle" implique "une nouvelle vision du développement partagé des sociétés humaines avec une éthique qui allie la démocratie, la mondialisation, la solidarité, la justice dans l'idéal du progrès pour tous et du bonheur pour chacun".

Condition nécessaire de la relance de l'emploi, la croissance économique doit reposer sur cinq conditions fondamentales, a déclaré le Président: être non inflationniste, favoriser la consommation, réaliser des investissements sociaux, sauvegarder les équilibres écologiques et s'appuyer sur un véritable contrat social.

Ce sont les pays qui ont suffisamment investi dans l'éducation qui connaissent le plus fort taux d'expansion. "Tout progrès en matière d'éducation est à long terme un facteur d'accélération du développement". Mais les mutations industrielles constantes exigent "une formation réactualisée en permanence. L'essor des services, comme la complexité accrue de l'organisation sociale, tendent à développer des besoins de qualifications plus axés sur l'aptitude à maîtriser les relations humaines au sein d'activités croissantes d'information, d'accueil, d'organisation, de service. Des activités nouvelles apparaissent et ce sont des gisements d'emplois à promouvoir".

Mais il faut pour cela comprendre ce qui change et éviter les blocages. "La résistance aux changements et aux réformes par des grèves dures, illimitées, marquées de violences, casses et pillages, est la pire ennemie de l'emploi et des travailleurs".

Les unions économiques régionales en Afrique sont porteuses d'espoir, mais ne peuvent "s'imaginer dans la seule logique libérale, et la construction de l'Afrique ne saurait se résumer aux promesses du marché. Il faut construire l'intégration régionale en privilégiant la croissance, les emplois et le développement social et humain". Des efforts doivent notamment être entrepris pour "trouver des solutions aux effets des migrations de populations à sens unique, vers les pays côtiers".

La lutte contre la pauvreté et une politique d'investissements publics créatrice d'emplois, conjuguées avec "une réelle participation des populations à la réalisation des projets individuels et communautaires", font "progresser la démocratie dans le sens de la réduction des inégalités sociales et des disparités régionales".

"Il faut rappeler que l'identité de nos jeunes nations démocratiques réside d'abord dans la force de leurs aspirations et l'attachement à des valeurs universelles. Mettre fin à l'exploitation de l'homme par l'homme, à l'échelle nationale comme à l'échelle internationale. Favoriser le développement des libertés et des droits sociaux. Veiller à l'égalité entre les hommes et les femmes. Protéger l'enfant. Toutes ces aspirations prennent racines dans des valeurs universelles. Ces valeurs sont plus que jamais des valeurs de notre temps", a déclaré le Président.

Mettre fin à la pauvreté de l'Afrique, soutenir ses efforts pour un développement durable et de qualité, la débarrasser du fardeau écrasant de sa dette, ces projets, s'ils sont soutenus par la communauté internationale, permettront de créer de nouvelles richesses et de nouveaux emplois, tant dans les pays industriels que dans nos pays en développement, et favoriseront l'émergence de nouvelles formes de solidarité dans un monde où tous les destins sont liés", a-t-il conclu.

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