BANGKOK (Nouvelles du BIT) - Tout en exprimant leur profonde inquiétude face à la détérioration de la situation sociale dans les pays d'Asie de l'Est et du Sud-Est, les représentants des gouvernements et des organisations de travailleurs et d'employeurs de huit pays asiatiques (la Chine, l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la République de Corée, Singapour, la Thaïlande et le Viet Nam) et de la Région administrative spéciale de Hongkong ont défini les mesures urgentes requises pour contrecarrer les conséquences sociales de la crise financière actuelle.
Une série de recommandations visant à atténuer l'impact de la crise et à créer les conditions d'un redressement durable a été adoptée cet après-midi à Bangkok à l'issue de la «Réunion tripartite de haut niveau sur les réponses sociales à la crise financière dans les pays de l'Asie de l'Est et du Sud-Est». Cette réunion, qui a duré trois jours, a été organisée par le BIT.
Cette crise «totalement inattendue», survenant après plusieurs décennies de forte croissance soutenue, a donné lieu à une augmentation «rapide et importante» du chômage, du sous-emploi et de la pauvreté. Cette réunion a permis de mettre en évidence que «c'est seulement dans le cadre d'une croissance économique soutenue qu'il sera possible de trouver des solutions durables aux problèmes sociaux». Les participants ont également demandé d'intensifier les efforts destinés «à instaurer une réglementation appropriée des systèmes financiers et à améliorer la gestion d'entreprises dans le secteur privé, ainsi que le fonctionnement des marchés».
Les délégués à la réunion ont souligné que «le respect des normes fondamentales internationales du travail constitue la condition indispensable pour permettre à des organisations de travailleurs et d'employeurs puissantes et représentatives de mettre en œuvre un partenariat social productif». C'est pourquoi ils ont exhorté les pays de la région à répondre positivement à la campagne menée par le Directeur général du BIT en faveur de la ratification des normes fondamentales internationales du travail, relatives à la liberté syndicale, à l'abolition du travail forcé et du travail des enfants, ainsi qu'aux principes d'égalité de rémunération pour un travail égal et de non discrimination dans l'emploi, notamment de type racial, sexuel ou religieux.
Selon les conclusions de la réunion, l'intensification de la coopération internationale, notamment au niveau régional, facilitera considérablement la reprise de la croissance. De la même façon, «l'augmentation des consultations entre les partenaires sociaux et les institutions financières (internationales et régionales) sur la conception et l'application des programmes d'ajustement structurel permettra de mieux faire accepter ces derniers par l'ensemble de la société et, par conséquent, d'accroître leurs chances de succès.»
Plusieurs domaines d'action prioritaire ont été définis au cours de la réunion:
- Optimiser le rythme de création d'emplois viables et productifs en renforçant «la capacité des gouvernements à contrôler les conséquences sur l'emploi de leurs politiques économiques globales».
- Investir dans le développement des ressources humaines: «l'amélioration constante du niveau éducatif et professionnel de la main d'œuvre» doit devenir «un objectif majeur des politiques en matière d'emploi».
- Renforcer la capacité des institutions à élaborer et mettre en œuvre des politiques dynamiques en matière d'emploi, qui incluent le redéploiement des travailleurs licenciés, la mise au point de systèmes intégrés de gestion des marchés du travail et la création de services publics de placement compétents, «capables de faciliter la recherche d'un emploi et le recrutement, d'organiser la réinsertion professionnelle des travailleurs licenciés et de mettre en œuvre des programmes rentables de promotion de l'emploi».
- Fournir aux travailleurs licenciés l'aide immédiate dont ils ont tellement besoin «en multipliant les programmes de création d'emplois directs», tels que les projets «de travaux publics à forte intensité de main-d'œuvre», en encourageant le travail indépendant dans les secteurs ruraux et informels et en soutenant les petites entreprises.
- Recueillir davantage d'informations sur l'impact de la crise sur les groupes les plus vulnérables, tels que les travailleurs migrants et les femmes, et mettre au point les réponses appropriées permettant de prévenir toute discrimination à leur égard. Les délégués à la réunion ont d'ailleurs demandé à l'OIT de continuer à surveiller la situation du travail des enfants dans la région.
- Promouvoir des stratégies de formation d'entreprises saines, en particulier pour les PME, et augmenter la capacité de création d'emplois productifs des secteurs ruraux et informels. Plusieurs programmes d'action du BIT sont en mesure de fournir une assistance technique spécifique dans ce domaine.
- Instaurer un climat économique qui encourage les investissements, y compris les investissements directs de l'étranger, et les activités des entreprises. «Un tel climat suppose une gestion des entreprises transparente, des politiques macro-économiques stables, des marchés ouverts, des investissements dans le développement des ressources humaines, pas trop de réglementations, des marchés de l'emploi dynamiques et de bonnes relations professionnelles».
- Mettre sur pied de façon urgente des régimes d'assurance chômage basés sur l'expérience pratique et les conseils du BIT.
- Garantir «une protection adéquate des salaires et indemnités de licenciement des travailleurs» et «renforcer la capacité des inspecteurs du travail à assurer la protection effective des droits des travailleurs».
- Offrir à long terme «une pension minimum de base aux personnes, toujours plus nombreuses, qui sont trop âgées pour travailler et ne disposent d'aucune autre forme de revenus».
- Améliorer «la gestion des régimes d'assurance sociale» au moyen d'un «respect plus strict des réglementations, un système d'archives mieux organisé et une plus grande efficacité administrative», de même qu'une meilleure maîtrise des dépenses.
- Elargir la base des systèmes de protection sociale de façon à inclure les travailleurs du secteur informel, aussi bien urbain que rural, qui à l'heure actuelle en sont totalement dépourvus dans plusieurs pays.
- Faire en sorte que soit mieux respecté le principe de la liberté syndicale, de façon telle «que les employeurs et les travailleurs puissent jouir de leurs droits fondamentaux à la liberté syndicale et à la libre négociation collective». Les délégués à la réunion ont insisté sur la nécessité «de réformer les législations du travail afin d'éliminer les entraves à la liberté syndicale».
- Renforcer la négociation collective et la coopération entre employeurs et travailleurs au niveau de l'entreprise.
- Prévenir les conflits sociaux coûteux «en instaurant et en renforçant la coopération sur le lieu de travail» et en améliorant «les mécanismes et institutions destinés à éviter et à régler les conflits, y compris l'élaboration des textes de loi pertinents».