GENEVE (Nouvelles du BIT) - Chercher à remédier aux conséquences sociales de la mondialisation de l'économie, et notamment à ses effets sur le marché de l'emploi: telle est l'une des tâches prioritaires dont le Conseil d'administration du BIT, réuni à Genève du 15 au 28 mars, a chargé l'Organisation internationale du Travail.
Le Conseil d'administration a décidé de reconduire le mandat du Groupe de travail sur la dimension sociale de la libéralisation du commerce international, qui s'était réuni pour la première fois en novembre 1995, et de lui confier la tâche particulièrement ambitieuse d'examiner les nombreuses conséquences de la libéralisation des échanges et de la mondialisation de l'économie sur le plan social et sur le plan de l'emploi.
Monsieur Michel Hansenne, Directeur général du BIT, s'est félicité dans les termes suivants de cette orientation des activités de l'Organisation: «Aucune perspective d'accord ne peut être raisonnablement envisagée si l'attitude adoptée consiste à vouloir à tout prix imposer des sanctions commerciales ou à s'opposer résolument à l'établissement d'un lien quelconque entre le commerce et les normes en matière de travail. La voie dans laquelle nous nous sommes engagés est celle qui permettra de mieux identifier la meilleure manière d'exploiter et de répartir les bénéfices tirés de la libéralisation du commerce et d'établir des règles du jeu favorables à tous les partenaires sociaux dans l'économie mondiale.»
Il a ajouté que les Etats Membres de l'OIT et de l'OMC doivent s'engager à promouvoir parallèlement la libéralisation du commerce et le progrès social afin d'honorer les obligations qu'ils ont contractées au sein de chacune de ces organisations.
La décision du Conseil d'administration d'étendre les activités du Groupe de travail reflète sa conviction que l'OIT, en raison de son mandat, de son caractère universel et de sa composition tripartite, doit jouer un rôle prépondérant dans le débat international sur le commerce et les normes du travail et s'efforcer d'exercer un impact maximal en la matière.
Le Groupe de travail est parvenu à deux conclusions. En premier lieu, il faut mettre au point une stratégie à long terme propre à améliorer l'état des connaissances et, partant, à renforcer la capacité et les moyens de l'OIT d'aider les Etats Membres. A cet effet, il faudrait rendre plus efficace la coopération technique et mener une action axée sur les conventions relatives aux droits fondamentaux de l'homme, en particulier celles qui ont trait au travail des enfants, au travail forcé, à la discrimination et au droit d'organisation et de négociation collective.
En second lieu, il faut lancer dans l'immédiat un programme d'action concret qui consistera notamment à adresser un questionnaire aux Etats Membres, afin d'en obtenir des informations sur les conséquences économiques et sociales de la libéralisation du commerce découlant du Cycle d'Uruguay, à réaliser des études par pays et à analyser les activités entreprises dans d'autres instances internationales, comme l'OCDE.
Le Groupe de travail coordonnera et appuiera les initiatives prises en vue de l'élimination du travail des enfants et de la ratification des conventions sur les droits fondamentaux de l'homme.
La prochaine session du Groupe de travail aura lieu en novembre 1996, juste avant la Réunion ministérielle de l'OMC, à Singapour.
Convention sur le travail des enfants
Le Conseil d'administration a également décidé d'inscrire la question du travail des enfants à l'ordre du jour de la quatre-vingt-sixième session de la Conférence internationale du Travail, qui aura lieu en juin 1998, en vue de l'élaboration d'un nouvel instrument international. La question fera l'objet d'une double discussion et l'instrument proposé devrait être adopté en 1999.
Cet instrument aura pour objectif d'éliminer les pratiques les plus abominables: asservissement, travail forcé, esclavage sexuel, pornographie, etc. Certains aspects du problème sont déjà traités par des instruments de l'OIT, notamment la convention ( no 29) sur le travail forcé, 1930, et la convention ( no 138) sur l'âge minimum, 1973. Si le Conseil d'administration a décidé de promouvoir l'adoption d'un nouvel instrument, c'est qu'il y a de plus en plus d'enfants exploités. Cet instrument aidera l'OIT à combattre ce fléau, à commencer par les abus les plus criants.
Suivi de la Conférence de Beijing sur les femmes
Le Conseil d'administration a approuvé des propositions tendant à donner effet à la Déclaration et au Programme d'action adoptés à la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, tenue à Beijing en septembre 1995. Sur les 12 principaux sujets de préoccupation identifiés dans le Programme d'action, sept intéressent particulièrement l'OIT et rentrent dans ses attributions, à savoir: la femme et la pauvreté; les inégalités en matière d'éducation et de formation; le rôle des femmes dans l'économie; le partage du pouvoir et la participation aux décisions; les mécanismes nationaux et internationaux; la promotion des droits de la femme; la promotion des droits de la fillette.
Le Conseil d'administration a approuvé un plan d'action comportant des programmes visant trois objectifs: l'emploi productif et l'élimination de la pauvreté; les conditions de travail et la protection sociale; les normes internationales du travail et l'action normative en faveur des travailleuses.
Le Conseil d'administration, composé de 28 membres gouvernementaux, 14 membres employeurs et 14 membres travailleurs, est l'organe exécutif de l'OIT. Il se réunit trois fois par an et ses décisions orientent la politique de l'Organisation. Dix sièges de membres gouvernementaux sont réservés en permanence aux Etats ayant l'importance industrielle la plus considérable. Les autres sièges sont occupés à tour de rôle pendant trois ans en fonction de la répartition géographique des Etats. Les employeurs et les travailleurs choisissent leurs représentants respectifs.