GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Selon un rapport du BIT * publié aujourd'hui, l'emploi, stimulé par l'évolution technologique, la demande et la libéralisation des échanges, poursuit sa progression dans le commerce de gros et de détail malgré la consolidation du secteur.
Les fusions et les acquisitions, qui reposent avant tout sur des considérations économiques, tiennent rarement compte des questions d'emploi et de travail. Selon le rapport, pourtant, la consolidation des entreprises commerciales n'entraîne pas inéluctablement de réductions d'effectifs, contrairement à ce qui se passe dans d'autres secteurs.
En revanche, les fusions ont un effet négatif sur l'emploi des petites et moyennes entreprises, lesquelles se trouvent évincées du marché par les grands groupes nouvellement créés. Si les PME restent l'employeur majoritaire du secteur, elles n'en cèdent pas moins du terrain devant leurs concurrents plus puissants, généralement des entreprises multinationales.
Le rapport sera discuté à une réunion tripartite qui se tiendra ici du 7 au 11 avril prochain, avec pour objectif d'examiner les effets des consolidations et autres opérations similaires sur l'emploi et les conditions de travail des employés du commerce, ainsi que de confronter les expériences portant sur des fusions et acquisitions ayant eu des effets bénéfiques sur l'emploi.
Un chiffre exprime bien l'évolution des vingt dernières années vers la consolidation et la concentration du secteur: 61 des 500 entreprises mondiales réalisant le plus gros chiffre d'affaires sont des multinationales du commerce, principalement de détail. Les grandes chaînes multinationales ou nationales - Wall-Mart, The Gap et Toys'R Us aux Etats-Unis; Metro AG en Allemagne; Carrefour SA et Pinault-Printemps en France; Ito-Yokado au Japon - figurent parmi les plus grandes entreprises de nombreux pays industriels.
La valeur des 24 000 opérations de fusion réalisées en 1999 a atteint quelque 2 300 milliards de dollars des Etats-Unis. Mais au début de 2000, le volume et le montant des fusions ont commencé à diminuer, de pair avec la dégradation générale de la situation économique et l'érosion boursière. En novembre 2002, la valeur et le volume des fusions et des acquisitions mondiales avaient fortement chuté (de plus de 50 pour cent selon certaines estimations) par rapport au sommet atteint en 2000, revenant à des niveaux qu'on n'avait pas enregistrés depuis 1997.
Malgré les réductions d'effectifs entraînées par les consolidations et concentrations résultant des fusions et acquisitions, la progression et les perspectives de l'emploi restent plus favorables que dans nombre d'autres secteurs. Aux Etats-Unis, l'emploi du commerce de détail est passé de près de 21,9 millions de salariés en 1997 à environ 23,3 millions en mars 2002. En 1997, le commerce représentait une part considérable de l'emploi total: 16 pour cent dans l'Union européenne, 19 pour cent aux Etats-Unis et 18 pour cent au Japon.
Le rapport lance toutefois une mise en garde: si le commerce est l'un des secteurs qui progressent le plus vite et l'une des principales sources d'emploi du monde, l'espoir que cela suscite de voir s'instaurer de meilleures conditions de vie et de travail se heurte parfois à des obstacles, liés essentiellement à l'émergence d'un ordre social mondial dirigé presque exclusivement par les forces du marché. Selon le rapport, le secteur présente les trois caractéristiques suivantes dans le domaine de l'emploi: large féminisation, fort taux de rotation de la main-d'œuvre, pourcentage élevé de travailleurs qui ne sont employés ni à plein temps ni à titre permanent.
Principalement dans les pays en développement, la présence des grandes entreprises multinationales a pour effet d'évincer les entreprises locales. En Thaïlande, quelque 40 pour cent des 500 000 magasins de détail appartenant à des nationaux ont été contraints de cesser leurs activités sous l'effet de la concurrence étrangère depuis 1998. Au Brésil, les grandes entreprises de détail ont racheté des chaînes nationales et régionales pour accroître leur part de marché et améliorer leurs résultats d'exploitation en réduisant les coûts. Six des sept plus grandes chaînes du pays sont aux mains de capitaux étrangers.
Ici se pose la question importante du droit des travailleurs d'être informés et consultés au sujet des changements fondamentaux touchant leur emploi et leurs conditions de travail. Les travailleurs se plaignent que ce point reste souvent lettre morte, même lorsqu'il est prescrit par la loi. L'exemple de certains pays comme les Pays-Bas et les pays de la région nordique montre la manière dont l'information et la consultation peuvent contribuer à la création d'un environnement propice à la coopération salariat-patronat dans la période faisant suite à une fusion.
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* Conséquences pour l'emploi des fusions et acquisitions dans le secteur du commerce . Rapport soumis aux fins de discussion à la Réunion tripartite sur les conséquences pour l'emploi des fusions et acquisitions dans le secteur du commerce, Bureau international du Travail, Genève, 2003. ISBN 92-2-213518-0. Prix: 15 francs suisses.