Forum de la Chine sur l'emploi et les problèmes liés aux migrations: Réunion exceptionnelle visant à étudier une stratégie pour répondre aux défis de la mondialisation

Type Communiqué de presse
Date de parution 27 avril 2004
Référence BIT/04/16
Unité responsable Communication et information au public
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BEIJING (Nouvelles du BIT) – Confrontée à des déséquilibres croissants du marché du travail – chômage rural élevé, sous-emploi et exode rural croissant, notamment – la Chine tient cette semaine son Forum exceptionnel sur l'emploi organisé conjointement avec l'Organisation internationale du Travail (OIT) en vue de promouvoir le travail décent dans un contexte de rapides changements économiques.

Le forum, qui se tiendra les 28-30 avril, réunira des représentants de haut niveau du gouvernement et d'organisations d'employeurs et travailleurs de la Chine, et d'autres pays venus chercher des réponses aux défis posés par la mondialisation et la restructuration économique dans le pays le plus peuplé du monde. Les délégués s'efforceront de parvenir à un consensus sur les moyens de placer la création d'emplois au centre de l'élaboration des politiques économiques et des mesures visant à améliorer les perspectives d'emploi des millions de travailleurs ruraux qui, sans emploi ou sous-employés, migrent vers les villes à la recherche d'un travail.

La manifestation, co-organisée par le ministère du Travail et de la Sécurité sociale de la République populaire de Chine (MTSS) et l'OIT est la première du genre depuis que ce pays est entré à l'OIT en 1919 comme membre fondateur. En plus des 400 hauts fonctionnaires et spécialistes d'organismes gouvernementaux, d'organisations d'employeurs et de travailleurs, d'institutions de recherche et universitaires en provenance de Chine, le forum réunira plus d'une vingtaine de ministres et de vice-ministres du Travail du monde entier ainsi que des spécialistes de l'emploi du Bureau international du Travail (BIT) et d'autres institutions et organisations internationales.

«La récente transformation économique de la Chine et son engagement envers le monde et envers les mécanismes mondiaux du marché se sont traduits par une croissance stupéfiante, mais aussi par des défis formidables et d'un nouveau type liés à la gestion de cette croissance dans l'optique d'une vie et d'un avenir meilleurs pour le plus grand nombre», a déclaré Juan Somavia, Directeur général du BIT. «Au cœur de ce forum, il y a le défi de l'emploi; pour nous tous, cela veut dire trouver les moyens d'accélérer le taux de création d'emplois décents et la croissance de la productivité, et mettre sur pied un marché du travail efficace, équitable et unifié garantissant la stabilité économique et une croissance économique durable».

Selon un document préparé pour le forum intitulé An Employment Agenda for China ( Note 1) (Un agenda de l'emploi pour la Chine), si la Chine a su, de manière remarquable, obtenir des taux de croissance économique élevés et soutenus – en maintenant des taux d'emplois élevés et en parvenant à réduire la pauvreté au cours des deux dernières décennies – son économie ne dispose toutefois pas de la capacité nécessaire pour accueillir tous les nouveaux venus sur le marché du travail, en particulier les travailleurs licenciés à la suite de la restructuration des entreprises publiques et les autres demandeurs d'emploi.

La population active de la Chine devrait s'accroître de plus de 70 millions de personnes au cours de la prochaine décennie. Des millions de travailleurs licenciés et de chômeurs sont maintenant à la recherche d'un emploi dans les zones urbaines. Pendant ce temps, le sous-emploi reste à un niveau élevé dans les zones rurales – on l'estime à près d'un tiers de la population active rurale. Nombreux sont donc les travailleurs ruraux à également rechercher un nouvel emploi, souvent dans les grandes villes.

En même temps, du fait de son entrée à l'OMC en novembre 2001, la Chine est devenue plus exposée à la concurrence mondiale des marchés. A long terme, des retombées positives sont attendues du point de vue de la productivité du travail et de l'emploi, mais en attendant des effets négatifs se font sentir, principalement dans le secteur primaire et dans les industries à forte intensité de capital.

C'est dans ce contexte que le Forum de l'emploi de la Chine aura à se pencher sur toute une série de questions: promotion de l'esprit d'entreprise et création d'emplois; amélioration des connaissances et des compétences pour l'emploi; mesures en faveur de l'intégration du marché du travail; restructuration socialement responsable des entreprises; enfin, conséquences pour la promotion de l'emploi des mesures de sécurité sociale, de sécurité et de santé au travail, et de protection de l'environnement. Un autre thème central sera le rôle d'un dialogue social représentatif dans la promotion d'une politique efficace de l'emploi.

Le concept du «travail décent» de l'OIT est au centre de toutes les discussions: ses quatre grands piliers sont les suivants: centralité de l'emploi dans les politiques nationales; garantie des droits fondamentaux des travailleurs; base pour la protection sociale; enfin, promotion du dialogue social.

Si le PIB de la Chine s'est accru de 9,1 pour cent en 2003 et si les investissements totaux ont augmenté de 30 pour cent durant les 10 premiers mois de 2003, le chômage enregistré dans les zones urbaines est passé de 3,1 pour cent en 1998 à 4,2 pour cent en septembre 2003, selon le rapport. Entre 1998 et juillet 2003, on a licencié 27,8 millions de travailleurs au total dans les entreprises d'Etat, et seulement 18,5 d'entre eux ont retrouvé un travail.

Selon le rapport, la croissance a été inégalement répartie à travers le pays: si le revenu urbain net par habitant a augmenté de 9 pour cent, le revenu rural par habitant n'a lui augmenté que de 4,3 pour cent, aboutissant à un décalage croissant entre les populations urbaines et rurales, et à une accélération de l'exode rural.

En 2002, la proportion des travailleurs ruraux quittant leur lieu d'origine pour aller travailler atteignait presque 17 pour cent, soit près de 90 millions de travailleurs. On estime que 8 pour cent de ces personnes, qui travaillent généralement de manière temporaire ou sur une base irrégulière, ont perdu leur emploi. Depuis l'année 2000, chaque année, 8 millions de ces 150 millions de ruraux sous-employés sont devenus des travailleurs migrants «flottants» à la recherche d'un emploi dans l'économie urbaine informelle.

En revanche, le Premier ministre chinois Wen Jiabao a signalé des développements positifs dans les villes en 2003; cette année-là, 8,6 millions de citadins ont trouvé un nouvel emploi, parmi lesquels, 4,4 millions de travailleurs licenciés.

Selon le rapport, les femmes sont plus vulnérables aux licenciements et à la discrimination à l'embauche que les hommes. Le taux de chômage chez les jeunes âgés de 16 à 24 ans a dépassé le double de la moyenne nationale.

Le forum abordera également les questions relatives à la protection sociale. Selon le rapport, les travailleurs restent encore peu protégés par l'assurance sociale en Chine, le régime de pension le plus étendu ne couvrant que 45 pour cent des urbains économiquement actifs. La sécurité et la santé au travail a été un grave sujet de préoccupation de ces dernières années: le nombre des accidents du travail et des maladies professionnelles a augmenté de 7,3 pour cent en 2002, malgré une légère amélioration en 2003.

L'impact du SRAS a été beaucoup plus élevé sur l'emploi que sur la croissance économique, selon le rapport, car les secteurs durement touchés par le SRAS – tourisme, commerce et échanges, transports et restauration, en particulier – sont des secteurs à forte intensité de main-d'œuvre et ne représentent qu'une proportion relativement faible du PIB. Le rapport estime que 8 millions de travailleurs ruraux, soit environ 8 pour cent de l'ensemble de la population rurale migrante, ont quitté les grands centres urbains pour retourner à leur lieu d'origine en raison de l'épidémie.

En mai 2001, la Chine et l'OIT ont signé un Mémorandum d'accord (MA) marquant le lancement d'un programme de coopération destiné à soutenir les réformes dans le pays. Le forum va permettre de promouvoir ce projet sur la base de l' Agenda global pour l'emploi de l'OIT, qui appelle à placer l'emploi au centre de toutes les politiques économiques et sociales. Le forum devrait donc aboutir à une «vision commune» de la promotion du travail décent en Chine.

En marge des réunions organisées avec les mandants tripartites de l'OIT en Chine – le MTSS, la Fédération des syndicats de Chine (ACFTU) et la Confédération des entreprises de Chine (CEC) –, M. Somavia s'entretiendra avec plusieurs hauts fonctionnaires du gouvernement national.


Note 1 - An Employment Agenda for China, BIT, (publié en mars 2003, révisé en avril 2004).

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