COTONOU (Nouvelles du BIT) – «Une clarté politique et une convergence de vue qui nous encouragent et qui nous réconfortent», c'est par ces mots que Juan Somavia, Directeur général du Bureau international du Travail (BIT), a fait écho aux propos des sept chefs d'Etat ou de gouvernement africains présents à Cotonou, au Bénin, le 22 avril.
Interrompant ses travaux ordinaires pour une matinée, la Commission du travail et des affaires sociales de l'Union africaine a en effet accueilli une rencontre spéciale des chefs d'Etat en prélude au Sommet extraordinaire sur l'emploi et la réduction de la pauvreté qui se tiendra en septembre 2004 à Ouagadougou.
Dans ce cadre, les Présidents du Bénin, du Nigéria, du Mozambique, du Burkina Faso, du Ghana, du Togo, et le premier Ministre du Niger ont unanimement déclaré qu'il était urgent de rétablir le lien entre développement et création d'emplois. Pour eux, c'est le meilleur moyen de combattre la pauvreté, «fléau de l'Afrique qui menace la stabilité et la paix», selon S.E M. Mathieu Kérékou, Président de la République du Bénin.
Tous ont reconnu que les expériences et les solutions existaient, soit par la mise en valeur des secteurs générateurs d'emplois comme l'agriculture et les services, soit par l'amélioration de l'enseignement et de la formation. Comme l'a dit S.E M. Olusegun Obasanjo, Président de la République Fédérale du Nigéria: «Il faut s'interroger sur l'adaptation de notre enseignement aux réalités d'aujourd'hui». Le problème spécifique de ceux qui travaillent dans le secteur informel, qui forment la majorité des travailleurs en Afrique ou encore la situation précaire des jeunes ou des femmes étaient au centre des préoccupations.
Les chefs d'Etat ou de gouvernement ont également souligné la valeur essentielle du dialogue social dans ce combat contre la pauvreté, rendant ainsi hommage à la Commission du travail et des affaires sociales de l'Union africaine et à l'OIT, toutes deux de structure tripartite (composées de représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs).
Le Directeur général du BIT a quant à lui indiqué qu'un changement de cap de la mondialisation est indispensable. «Face à cet enjeu, la voix et le poids de l'Afrique seront déterminants», a-t-il déclaré en référence au rapport de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation ( Note 1). «Il s'agit de renforcer la discrimination positive en faveur du continent africain» a-t-il ajouté. «Les règles et politiques mondiales qui régissent le commerce et la finance doivent laisser à l'Afrique une plus grande marge de manœuvre. Je parle de l'élimination des restrictions inéquitables dans l'accès aux marchés et d'un traitement juste de l'ensemble de la question de la dette, du financement international et des investissements étrangers.»
«Nous considérons à l'OIT que le Sommet extraordinaire est fondamental, non seulement pour l'Afrique mais aussi par les messages que vous pouvez transmettre au monde … parce que le Sommet extraordinaire fait le lien entre l'agenda politique de l'Afrique et la demande démocratique la plus répandue sur le continent: les aspirations des gens à un emploi décent, qui leur permette de prendre soin de leurs familles, d'éduquer leurs enfants, de contribuer au développement de leurs communautés, de se sentir citoyen. C'est une reconnaissance légitime de leurs aspirations.»
M. Juan Somavia a également insisté sur le fait qu'il fallait rétablir un lien fort et productif entre croissance économique et création d'emplois. «La croissance qui crée les richesses sans emploi qui les distribue ne fait qu'augmenter les inégalités.»
Avant de se séparer, les chefs d'Etat ou de gouvernement présents ont rendu public une déclaration dans laquelle ils s'engagent à poursuivre leurs efforts dans la lutte contre la pauvreté et appellent l'ensemble des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union africaine à soutenir la préparation, la tenue et le suivi du Sommet extraordinaire sur l'emploi et la pauvreté qui se tiendra en septembre à Ouagadougou, conformément à leur décision prise l'an dernier à Maputo lors de la seconde Session ordinaire de l'Union africaine (12 juillet 2003).
Note 1 - Une mondialisation juste: créer des opportunités pour tous, rapport de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation (Genève, BIT, 2004) ISBN 92-2-215426-6.