Devant la Conférence internationale du Travail: Le Président sud-africain Thabo Mbeki affirme: l'économie mondiale

Type Communiqué de presse
Date de parution 11 juin 2003
Référence BIT/03/31
Unité responsable Communication et information au public
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GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Le Président d'Afrique du Sud Thabo Mbeki a affirmé mercredi devant la Conférence internationale du Travail que l'économie mondiale avait les ressources nécessaires pour éradiquer la pauvreté sur la terre.

«La question à laquelle nous devons tous répondre, a-t-il dit, est de savoir pourquoi ces ressources ne sont pas utilisées à cette fin, qui est d'une importance première pour les pauvres et les chômeurs, mais aussi pour tous ceux présents ici, délégués tripartites à l'OIT.»

Citant le cas de l'Union européenne, qui a engagé un «processus délibéré de transferts de ressources pour assurer un équilibre dans le développement de toutes les communautés au sein de l'Union», le Président sud-africain a dit: «Certains des défis posés par la pauvreté et le sous-développement ne pourront être relevés que par un processus délibéré de transfert de ressources des riches vers les pauvres, et cela mondialement», ajoutant: «Le processus de la mondialisation montre bien que pareille décision ne peut être prise au seul niveau national. La guerre contre la pauvreté appelle une action universelle».

M. Mbeki, qui se référait aux Fonds structurels européens, a comparé les 16,6 milliards d'euros alloués, dans ce cadre, à «un pays développé et prospère», le Royaume-Uni, aux 14,5 milliards de dollars versés, au titre du service de la dette, par l'Afrique au sud du Sahara à ses créanciers du nord, y compris l'Union européenne.

M. Mbeki, qui s'est lui-même présenté comme un «employé» faisant un «travail décent» - en référence au programme lancé par l'OIT - a cité des passages du rapport présenté en début de semaine à la Conférence par le Directeur général du Bureau international du Travail (BIT), Juan Somavia, et relevé les effets restrictifs, à ce jour, de la mondialisation. «Au cours de la dernière décennie, a-t-il dit, elle a accéléré la croissance et généré de meilleures conditions de vie dans certaines parties du monde. Mais la majorité des pays pauvres se sont vu de plus en plus marginalisés, plongeant de plus en plus dans la pauvreté.»

En accueillant son hôte, M. Somavia a parlé d'un «homme de vision et de courage» et indiqué que l'Organisation sera à ses côtés «pour éradiquer la pauvreté, promouvoir le travail décent, construire la paix et favoriser la réconciliation, et contribuer à la renaissance de l'Afrique». «Nous nous engageons à vous accompagner dans le voyage vers la justice sociale», a-t-il ajouté.

Une partie des fonds alloués par l'UE au Royaume-Uni est destinée au «programme de paix» en Irlande du Nord, «et nous pensons que la décision était bonne», a estimé M. Mbeki. «Mais pour les pays en développement, il doit y avoir paix, stabilité et 'absence de guerre civile' pour reprendre les termes du Consensus de Washington avant que les riches n'envisagent une assistance financière. Dans un cas, des fonds sont alloués pour ramener la paix. Dans l'autre, il faut d'abord que la paix règne pour qu'une aide possible soit prise en considération.»

Le Président sud-africain, qui a émaillé son intervention de citations de l'Evangile selon Saint-Mathieu, a constaté que «toutes choses étant égales, l'économie capitaliste restait mue par le profit maximum» et qu'il «était déraisonnable de penser que les problèmes du sous-développement» de certaines régions britanniques allaient être résolus par ceux exclusivement guidés par le profit.

«Si cela est correct, la question se pose de savoir si les problèmes beaucoup plus vastes qui se posent à l'Afrique et au reste du monde en développement pourront être résolus par une dépendance plus grande encore de ceux qui, objectivement, n'ont pas d'autre choix que de tirer le profit maximum de leurs activités économiques.

Pour M. Mbeki, la Conférence doit se poser la question de savoir si, 60 ans après l'économiste britannique John Maynard Keynes, «il subsiste un espoir pour le monde». Il importe, pour lui, «de ne pas se nourrir de l'illusion que seuls les économistes, les financiers, les politiciens, les journalistes, les propagandistes, les avocats, les hommes d'Etat, les prophètes et ceux qui lisent dans le marc de café ont une voix».

«N'oublions pas, a-t-il ajouté, que ceux qui ont été rejetés dans l'ombre, qui pleurent et grincent des dents, sont capables de parler, et, quand ils finiront par parler, sur tous les continents, y compris celui où nous nous trouvons, ils proclameront: nous sommes l'espoir du monde, libérés enfin de la malédiction de l'argent.»

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