BANGKOK (Nouvelles du BIT) - Un pas décisif a été franchi dans l’amélioration de la santé et de la sécurité des milliers de travailleurs affectés à la démolition de navires, une des occupations les plus dangereuses au monde.
De nouvelles directives dans ce domaine viennent en effet d’être adoptées à Bangkok au cours d’une réunion tripartite rassemblant des experts des pays les plus importants du secteur - Bangladesh, Chine, Inde, Pakistan, Turquie - ainsi que des représentants de la Fédération des industries métallurgiques, du Secrétariat de la Convention de Bâle, de l’Organisation internationale du Travail (OIT) et des experts du Canada, de l’Allemagne, de Norvège, de la République de Corée, du Royaume-Uni, et des Etats-Unis.
Ces directives représentent une première avancée vers l’amélioration des conditions de travail et de sécurité dans la démolition de navires, au moment même où la demande du nombre de «casse» ou de «recyclage» d’une flotte vieillissante, bonne bien souvent pour le tas de ferraille, est en recrudescence.
Même si les chiffres précis ne sont pas disponibles, le nombre de navires qui doivent être recyclés est monté en flèche à la suite d’accidents en haute mer affectant de vieux bateaux, et après l’adoption de nouvelles réglementations obligeant des bateaux souvent plus récents à partir à la casse. L’urgence d’améliorer la santé et la sécurité des dizaines de milliers de travailleurs qui démolissent ces énormes épaves pour moins de un dollar par jour n’en a été que plus grande.
«Nous disposons maintenant d’un guide pour améliorer les conditions d’une grande quantité de personnes qui réalisent le travail dangereux de recycler de vieux navires, alors que ce problème semblait insurmontable il y a à peine quelques années» a déclaré Paul Bailey, un expert en démolition de bateaux du Bureau international du Travail (BIT).
Ces directives représentent la première tentative de fournir un modèle aux démolisseurs de navires et aux autorités chargées de l’application des standards de l’OIT, de ses recommandations pratiques, et de ses directives en matière de santé et de sécurité au travail ainsi que celles visant à l’amélioration progressive des conditions de travail, dans le cadre de l’agenda de l’OIT sur le travail décent.
Elles apporteront probablement un avis sur la transformation progressive de ce secteur majoritairement informel en un secteur formel, organisé économiquement.
Les lignes directrices de ces directives mettent en avant:
- l’application des instruments et des
directives de l’OIT pertinentes dans le
secteur de la démolition de navires;
- la promotion du dialogue social dans le
domaine de la santé et de la
sécurité;
- le renforcement de la législation
nationale et des standards dans ce domaine;
- l’apport d’une aide aux gouvernements, aux employeurs et aux travailleurs, grâce à des projets de coopération techniques destinés au pays et aux entreprises.
Ces recommandations pratiques pourront être utilisées par tous ceux qui ont des responsabilités en matière de sécurité et de santé, elles fourniront un soutien solide à tous ceux chargés d’établir un cadre de travail national dans ce domaine, surtout dans les pays où rien n’existe de la sorte, mais elles n’auront pas de conséquences en matière de responsabilités légales et ne remplaceront pas les lois nationales, les réglementations, ou les standards en vigueur. Elles seront en accord avec les autres instruments internationaux dont ceux de l’Organisation Maritime Internationale et la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvement transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination.
L’OIT s’est engagé, par ailleurs, à traduire ces directives dans les langues des cinq pays représentés et à promouvoir activement leur utilisation dans ces pays.
Les représentants des syndicats et des employeurs ont favorablement accueilli cet accord, soulignant le fait que les travailleurs n’avaient pas facilement accès aux prestations médicales de base, à la représentation syndicale, ni à la vie dans des zones résidentielles, ou à l’eau potable, et que ces directives ne pouvaient avoir qu’un impact positif. Les partenaires sociaux ont également déclaré que ces lignes directrices aideraient les gouvernements d’Asie à développer des politiques nationales plus aptes à assurer la sécurité au travail.
Selon M.Bailey, «les navires échoués sur les plages d’Asie représentent le mauvais côté de la mondialisation. Une fois que les pays industrialisés en ont fini avec leurs bateaux, ceux-ci rouillent sur le sable sans même de cales sèches, ni de mesures de sécurité pour les travailleurs. Nous faisons face au défi de promouvoir une façon de faire plus sûre. Les lignes directrices constituent heureusement une avancée réalisable».