GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Le Président du Brésil, Luíz Inácio Lula da Silva, a critiqué lundi le monde industrialisé pour son «incohérence entre le discours et la pratique» et affirmé que la seule «guerre» qui l'intéresse est celle livrée à la faim et à la pauvreté.
Intervenant devant l'Organisation internationale du Travail (OIT), le Président brésilien a estimé que «la conjoncture internationale n'avait rien de rassurant» et que l'on constatait un «déficit croissant en matière de solidarité et de coopération dans le domaine économico-commercial, et dans celui de la protection de l'environnement, la promotion de la justice et l'édification de la paix».
Face à cette réalité, le Président Lula s'est dit convaincu de la nécessité de rénover les organisations internationales. «Il est nécessaire, a-t-il dit, de réformer le Conseil de sécurité des Nations Unies et de donner un pouvoir accru au Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC).»
«Il nous revient à tous, a-t-il poursuivi, de contribuer à préserver et à perfectionner le multilatéralisme, indépendamment de notre pouvoir économique, financier et militaire. Et il est nécessaire, à cette fin, de réduire la distance énorme qui existe entre les accords internationaux et leur application effective.»
Après être intervenu, dimanche, devant le G8 à Evian (France), où il a insisté sur le fait qu'il ne saurait y avoir de «développement économique sans justice sociale», le Chef de l'Etat brésilien a été reçu lundi au siège de l'OIT par M. Juan Somavia, Directeur général du BIT. Ancien syndicaliste, il s'est dit à l'aise en ces lieux. «Ce n'est pas une coïncidence, a-t-il dit, si c'est devant l'OIT que je prononce mon premier discours devant une institution des Nations Unies au nom de ce nouveau Brésil.»
Le Président Lula était accompagné de MM. Celso Amorim, ministre des Affaires étrangères, Jacques Wagner, ministre du Travail, Antonio Palocci, ministre des Finances, et Luis Fernando Furlan, ministre de l'Industrie, du Développement et du Commerce extérieur.
Au cours de cette visite, MM. Lula da Silva et Juan Somavia ont signé un protocole d'accord établissant un programme de coopération entre le Brésil et l'Organisation pour promouvoir le «travail décent» par le biais de la création d'emplois, notamment pour les jeunes, de micro-crédits, de systèmes améliorés de sécurité sociale, de lutte contre le travail des enfants et leur exploitation sexuelle, le travail forcé et la discrimination sur les lieux de travail.
«Enfant, j'ai travaillé. J'ai connu l'exclusion qui frappe des millions de brésiliens, hommes, femmes et enfants», a rappelé M. Lula da Silva, élu à la présidence du Brésil en 2002 avec plus de 50 millions de voix à sa quatrième tentative pour accéder à la magistrature suprême.
Le Président s'est dit solidaire du débat lancé par l'OIT sur la dimension sociale de la mondialisation qui, selon lui, ne profite, jusqu'ici, qu'à «une petite partie de la société». Il a estimé que le moment était venu de promouvoir, de manière collective, des «changements réels» dans le monde, notamment dans des secteurs clés comme celui du commerce international.
M. Lula da Silva a qualifié d'inadmissibles les pratiques protectionnistes appliquées par le monde industrialisé à l'égard des secteurs les plus compétitifs du monde en développement, et critiqué les pays développés pour leur refus d'abolir les subventions à l'agriculture. «Cette incohérence entre le discours et la pratique ne peut que susciter scepticisme et méfiance», a-t-il dit.
Estimant que sa présence au G8 avait été «très profitable» dans la mesure où «nous avions beaucoup à dire» devant cette instance, le Président brésilien a indiqué que son gouvernement s'était engagé à agir en faveur d'un «ordre social plus juste, plus égalitaire et plus démocratique». «Nous ne pouvons pas nous contenter de contempler passivement la disparité qui existe entre les îlots d'abondance et les océans de pauvreté.»
M. Lula da Silva a souligné la nécessité de pouvoir compter sur une volonté politique pour promouvoir ces changements: «Je ne veux pas paraître ingénu» parce que, trop souvent, les bonnes intentions ne se traduisent pas en faits concrets, mais il existe aujourd'hui, a-t-il dit, «un spectre plus large de gouvernements, organisations non gouvernementales, syndicats, organisations professionnelles et représentants de la société civile qui désirent œuvrer pour un nouveau modèle».
«L'OIT a un rôle essentiel à jouer dans ces efforts», a-t-il dit, soulignant la contribution particulière de l'Organisation, qui a été la première à insister sur la nécessité de «soumettre le processus de mondialisation à des critères d'évaluation combinant l'économique et le social».
L'OIT conduit les travaux d'une commission créée à cette fin, la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation, et le Président brésilien a dit son espoir «de voir ses conclusions contribuer à aborder de manière lucide et rationnelle cette entreprise complexe».
M. Somavia a, pour sa part, rappelé le passé de dirigeant syndical du Président brésilien et souligné que «le travail était aujourd'hui dans l'œil du cyclone mondialisateur».
La visite du Président brésilien se situe à la veille de l'ouverture de la 91 e Conférence internationale du Travail, au cours de laquelle le Directeur général du BIT doit présenter les grandes lignes d'une nouvelle stratégie de lutte contre la pauvreté. «L'OIT est le foyer du dialogue tripartite au sein du système multilatéral, et nous voulons assumer notre rôle», a dit M. Somavia dans son discours de bienvenue.