GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Le ralentissement des voyages face aux menaces d'expansion de la pneumopathie atypique, associées à la poursuite de la récession économique, pourrait coûter cette année quelque 5 millions d'emplois dans le secteur déjà éprouvé du tourisme, portant à 11,5 millions le nombre total d'emplois perdus depuis la fin de 2001: telles sont les conclusions d'une nouvelle analyse * réalisée par le Bureau international du Travail (BIT).
Cette nouvelle chute du niveau de l'emploi, constatée depuis le début de l'année, vient s'ajouter à celle qui a résulté de la crise dans l'industrie «voyages et tourisme» en 2001-2002, et qui avait vu disparaître 6,5 millions d'emplois. En d'autres termes, c'est un salarié sur sept, directement employé dans le secteur du tourisme, qui est mis au chômage et, selon le BIT, rien ne laisse entrevoir aujourd'hui la fin du tunnel.
Les récentes pressions exercées sur l'emploi résultent, en grande partie, constate l'Organisation, de l'apparition et de la propagation, en Asie et dans d'autres régions, du Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS). Le phénomène ne fait que s'ajouter à la récession de l'économie mondiale et à d'autres facteurs - comme les préoccupations en matière de sécurité - qui ont entraîné une baisse de l'emploi.
L'industrie «voyages et tourisme» représente, au plan mondial, plus de 4 pour cent du produit intérieur brut et plus de 3 pour cent de la main-d'œuvre employée. Si l'on tient compte de l'apport économique des branches associées - fournisseurs et autres activités liées au secteur -, cette industrie représente en valeur 11 pour cent du produit intérieur brut et 8 pour cent des salariés dans le monde.
Avant la crise, l'emploi direct dans les entreprises de voyages et de tourisme était de l'ordre de 80 millions de personnes, et il atteignait près de 200 millions en y ajoutant les activités associées.
La chute constatée fait suite à une forte expansion du tourisme mondial, encouragée, dans les dernières années de la décennie 90, par une forte poussée de l'économie. En l'an-record 2000, le nombre des déplacements internationaux a grimpé de 4,5 pour cent par rapport à l'année précédente. Mais, en 2001, l'industrie a subi les effets désastreux des événements du 11 septembre, déclinant d'environ un pour cent par an et brisant la dynamique de croissance, indispensable au maintien de l'emploi à son niveau normal.
Le rapport du BIT n'entrevoit que de sombres perspectives quant à un éventuel redressement, estimant que «les capacités de l'industrie des voyages et du tourisme à créer des emplois ont été sévèrement endommagées par les récents événements».
Les nouvelles estimations sur les possibles suppressions d'emploi battent largement en brèche l'optimisme qui commençait à pointer, dans le secteur du tourisme, au début de 2003, sur le sentiment que le pire - les effets du 11 septembre - semblait être passé. Le secteur est juste parvenu à se maintenir à une croissance zéro en 2002, une année marquée par des attaques perpétrées contre des touristes.
La crise se déplace dans le sud-est asiatique et le Pacifique
L'impact sur les voyages et le tourisme dans le monde peut être évalué en divisant le monde en trois zones géographiques, et ce, en fonction de leur degré d'exposition à la crise. Les pays ou régions directement affectés par le SRAS (Hong-kong (Chine), Singapour, Taiwan (Chine) et Viet Nam) pourraient perdre plus de 30 pour cent des emplois dans les voyages et le tourisme, alors que leurs voisins (Australie, Fidji, Indonésie, Kiribati, Malaisie, Nouvelle-Zélande, Philippines, Thaïlande et d'autres) en Asie du Sud-Est et en Océanie verraient cette main-d'œuvre réduite de quelque 15 pour cent. Selon le BIT, cette baisse serait en moyenne de 5 pour cent dans le reste du monde.
En Thaïlande et aux Philippines, un emploi sur neuf est mis en péril dès que survient un ralentissement des voyages et du tourisme. Les hôtels thaïlandais constatent un taux d'annulation de 5 à 10 pour cent, et à Bangkok, des officiels indiquent que jusqu'à 50 pour cent des réservations faites par des étrangers ont été annulées. Les Philippines ont été, jusqu'ici, modérément touchées: les entrées de voyageurs étrangers ont baissé de 4 pour cent au cours du premier trimestre (comparé à la même période, l'an dernier), bien que janvier ait été marqué par une hausse de 13 pour cent par rapport à décembre. En revanche, la Malaisie a été sévèrement affectée: les réservations d'avion ont fléchi de 40 pour cent, et le taux d'occupation des hôtels est tombé de 30 pour cent.
Dans son document, l'Organisation met en garde contre les dommages à long terme pour l'emploi dans le secteur, estimant que «l'on devra prendre en considération d'autres facteurs si ce déclin se poursuit». Pour elle, plus long sera le ralentissement de cette activité, plus grand sera le risque de voir ces emplois supprimés à jamais.
L'adoption de nouvelles méthodes de travail pourrait aider le secteur à mieux résister face à une baisse des revenus. Il est suggéré, entre autres, une plus grande souplesse dans la manière d'opérer, une réattribution ou une attribution étendue des postes au personnel en place, des horaires de travail plus flexibles et des postes dits «à fonctions multiples» qui, dans un hôtel par exemple, voient le personnel de la réception se charger également des réservations et les employés de bureau aider à l'enregistrement des nouveaux clients.
Le rapport relève que les pertes d'emploi dans les voyages et le tourisme touchent le plus durement les salariés les moins qualifiés et socialement les plus vulnérables, dans la mesure où l'employeur a naturellement tendance, en cas de crise, à ne conserver que le personnel le plus apte à la tâche. Ce sont particulièrement les travailleurs à mi-temps, les femmes, les migrants et les jeunes qui risquent de perdre leur source de revenu aussi longtemps que la croissance ne sera pas revenue, et qui ont le plus de difficulté à trouver un emploi de rechange.
Le BIT en appelle aux gouvernements, employeurs et syndicats de certains pays pour qu'ils optent pour des solutions tripartites en vertu des recommandations faites au cours d'une réunion informelle sur le secteur hôtelier et touristique: impact social des événements consécutifs au 11 septembre 2001. Un dialogue social tripartite est essentiel pour aider les entreprises en difficulté et soutenir leurs efforts de mise en place de mesures provisoires réduisant les coûts, et ce, estime-t-il, afin qu'elles restent viables et préservent le plus grand nombre d'emplois.
1 - The impact of the 2001-2002 crisis on the hotel and tourism industry (L'impact de la crise 2001-2002 sur l'industrie hôtelière et touristique), par Dirk Belau, Bureau international du Travail, Genève, janvier 2003, et mise à jour: New Threats to Employment in the Travel and Tourism Industry - 2003 (Les nouvelles menaces sur l'emploi dans l'industrie des voyages et du tourisme - 2003), par Dirk Belau, Bureau international du Travail, Genève, mai 2003.