GENÈVE (Nouvelles du BIT) - D'après un nouveau rapport du BIT ( Note 1), des politiques actives du marché du travail faisant intervenir toute une gamme de mesures en matière de formation et de création d'emplois, accroissent la sécurité de l'emploi des travailleurs et favorisent une mondialisation plus équitable.
Ce rapport fait apparaître clairement un lien étroit entre la manière dont les travailleurs perçoivent subjectivement la sécurité de leur emploi et le montant des dépenses publiques consacrées à des politiques actives du marché du travail. Le degré de protection dont ils jouissent en cas de perte d'emploi est donc l'un des facteurs augmentant le sentiment de sécurité des travailleurs dans l'emploi qu'ils détiennent et un élément important du travail décent.
Il ressort ainsi de cette étude que, du fait que leurs pays consacrent un budget plus important à des politiques actives du marché du travail, les travailleurs néerlandais ou danois éprouvent un sentiment de sécurité dans leur emploi que n'ont pas les travailleurs du Japon ou des Etats-Unis. Ces deux derniers pays en effet n'investissent que 0,2 pour cent de leur PIB dans des mesures de protection en cas de perte d'emploi, alors que les Pays-Bas et le Danemark affectent 1,6 pour cent de leur PIB à la formation et à la création d'emplois.
D'après cette étude la France, l'Allemagne et la Suède allouent des budgets importants à leurs politiques du marché du travail mais le pourcentage de personnes ayant le sentiment que leur emploi est sûr est plus faible dans ces pays qu'au Danemark et aux Pays-Bas.
"Cela tient à diverses raisons", explique Peter Auer, expert en matière d'emploi au BIT et co-auteur de l'étude. "Par exemple, en Allemagne, cela est dû aux conséquences de la réunification et des récentes réformes du marché du travail ainsi qu'à la persistance de forts taux de chômage". "Cela montre aussi", ajoute-t-il, "que des politiques actives du marché du travail ne sont qu'un facteur parmi de nombreux autres influant sur la manière dont les travailleurs perçoivent la sécurité du marché de l'emploi."
Selon le rapport, si la mondialisation ouvre des possibilités et crée de nouveaux emplois, ses effets positifs sont en règle générale une piètre consolation pour ceux qui souffrent de ses répercussions négatives.
"De fait, l'une des plus fortes craintes suscitées par la mondialisation est celle de voir son emploi supprimé, d'être licencié pour raison économique et mis au chômage", dit Peter Auer, qui ajoute qu'en Allemagne, en une seule journée d'octobre 2004, 16 500 suppressions d'emplois ont été annoncées par une grande multinationale et des entreprises nationales, ce qui a entraîné une grève sauvage dans l'une des usines d'automobiles concernées."
Les pertes d'emplois ne se produisent pas exclusivement dans certaines régions du monde. Aux Etats-Unis environ 5,3 millions de travailleurs ayant occupé leur emploi depuis plus de trois ans ont été licenciés entre janvier 2001 et décembre 2003. Quarante-trois pour cent d'entre eux ont perdu leur emploi par suite de la fermeture de leur usine ou d'un déplacement, voire d'une délocalisation de la production. Un grand nombre ont retrouvé un emploi - environ 65 pour cent des 5,3 millions de travailleurs américains occupaient un nouvel emploi lorsque l'étude a été réalisée en 2004 -, mais la crainte d'un licenciement demeure bien réelle. Compte tenu de la grande mobilité des investissements directs étrangers, les emplois sont transférés d'une économie "émergente" à l'autre comme le démontre la délocalisation des emplois au Mexique ou en Chine.
Ce rapport - qui s'inscrit dans le cadre du suivi de l'agenda global pour l'emploi - montre aussi que les pays les plus ouverts aux marchés mondiaux comme la Belgique, le Danemark, l'Irlande, les Pays-Bas et la Suède (au vu de la proportion de leur PIB provenant des échanges commerciaux internationaux) sont aussi ceux qui possèdent les réseaux d'institutions les plus denses et qui adoptent le plus grand nombre de mesures en matière de marché du travail. En d'autres termes, ce sont les pays qui dépensent le plus pour protéger leurs travailleurs contre les effets néfastes de la mondialisation.
D'après l'étude, les politiques du marché du travail, en particulier les politiques actives, ont non seulement un effet positif sur le bien-être des travailleurs mais aussi sur l'économie dans son ensemble. Elles engendrent un cercle vertueux aux plans macro- et micro-économiques, ce qui milite fortement en faveur d'un accroissement des dépenses dans ce domaine. "En fait", selon Umit Efendioglu, co-auteur de l'étude, "les politiques actives du marché du travail d'une certaine ampleur agissent comme un stabilisateur automatique de l'économie, les dépenses augmentant en période de récession et/ou lors de vagues de mutations structurelles et diminuant en période de croissance économique."
Il demeure au plan mondial de grandes disparités dans la portée, la structure et les objectifs des politiques de marché du travail, mais la plupart des pays ont adopté des mesures en la matière. Si leur degré d'efficacité est jugé inégal, cela tient en partie à des insuffisances au niveau de la conception et de la mise en œuvre des programmes, mais aussi aux défaillances du mode d'évaluation de ces derniers. Ainsi, d'après le rapport, ils sont souvent évalués uniquement en fonction de leurs effets directs sur le marché du travail sans qu'il soit tenu compte de leur impact sur la cohésion sociale et l'atténuation de la pauvreté ni des biens et services produits par les participants. L'une des raisons pour lesquelles les politiques du marché du travail seraient inefficaces tiendrait également au fait qu'on ne les considère que comme des palliatifs d'urgence alors que les problèmes qu'on s'attache à résoudre sont tenaces et récurrents et demanderaient donc une intervention sur un plus long terme.
Les auteurs du rapport concluent que les politiques du marché du travail ne devraient plus se résumer à des mesures ad hoc ayant pour but de répondre rapidement à des crises ponctuelles mais s'inscrire dans la durée et devenir un instrument permanent mais souple d'adaptation aux mutations induites par la mondialisation. De cette manière, elles deviendraient un outil extrêmement utile permettant de faire face aux licenciements et d'assurer une meilleure gouvernance du marché du travail, tout en restant l'un des éléments stables d'une politique macro-économique favorisant l'emploi.
Note 1 - " Active labour market policies around the world: Coping with the consequences of globalization", de Peter Auer, Umit Efendioglu et Janine Leschke, Bureau international du Travail, Genève, 2004.