En Zambie, un engagement en faveur de l’intégration des personnes handicapées

Entre 7 et 9 pour cent des hommes et des femmes de Zambie vivent avec un handicap, le plus souvent dans la misère. Reportage de BIT en ligne depuis la capitale du pays, Lusaka, où la formation Egalité Handicap (FEH) fait partie d’un nouvel effort déployé pour garantir la prise en compte des besoins des personnes souffrant de handicap dans les programmes de développement.

Type Article
Date de parution 9 juillet 2009
Régions et pays couverts Zambie
Unité responsable Communication et information au public
Sujet travailleurs handicapés, droits des personnes handicapées, personnes handicapées
Autres langues Español • English

LUSAKA, Zambie (BIT en ligne) – Quand Susan Mulela a ouvert une école maternelle privée pour enfants handicapés à Kanyama en 2005, ce fut l’accomplissement de toute une vie.

Consciente que la stigmatisation et la discrimination figurent parmi les plus grands problèmes rencontrés par les personnes handicapées, elle déplore: «La plupart des parents qui ont des enfants handicapés ne savent pas quoi en faire. Ils les gardent à la maison et ne les envoient pas à l’école».

Susan connaît bien cette situation. A l’âge de 6 ans, elle a contracté la polio et a dû marcher avec des béquilles. Pourtant, contrairement à beaucoup d’autres enfants handicapés, elle fut encouragée par ses parents à recevoir une éducation. Après le lycée, elle a terminé une formation d’enseignante et s’est lancée dans l’accueil d’enfants en âge préscolaire.

Grâce à son adhésion à l’union locale d’épargne et de crédit coopératifs, des occasions se sont offertes à Mme Mulela de faire partie d’un réseau d’associations dispensant des formations en gestion d’entreprise, financées par le BIT. Armée de ses toutes nouvelles connaissances, elle espère faire de son jardin d’enfants une école viable et rentable pour tous les enfants, qu’ils soient handicapés ou non.

La formation en gestion comme les ateliers auxquels Susan a participé n’est que l’un des exemples de la manière dont l’OIT peut changer la vie des personnes handicapées, de leurs familles et des communautés locales. Pourtant, entraîner les autres à s’engager en faveur d’approches plus intégratrices ou à prendre en considération les questions de handicap dans leur activité n’est pas toujours facile.

«Traiter le handicap comme une question de développement est un défi qui consiste pour partie à le démystifier », affirme Barbara Murray, principale responsable des questions de handicap au BIT à Genève. «Nous savons d’expérience que les personnes handicapées sont capables de gagner leur vie et qu’elles sont nombreuses à être tout aussi productives que les valides. En conjuguant les efforts, ceux des gouvernements, des partenaires sociaux et de la société civile, il sera possible de démanteler les barrières qui empêchent les personnes handicapées de participer pleinement à la vie professionnelle et à la société.»

L’équipe du BIT en charge des questions de handicap à Genève, en Afrique de l’Est et australe, en Asie et dans le Pacifique, reconnaît que parvenir à cette intégration est vital pour atteindre les principaux objectifs internationaux de développement que sont la réduction de la pauvreté et l’amélioration du niveau de vie. L’équipe veille également à ce que les questions de handicap soient incorporées dans les programmes par pays de travail décent (PPTD) qui sont élaborés en consultation avec les mandants de l’OIT afin d’obtenir un travail décent pour tous.

La formation Egalité Handicap (FEH) fait partie d’un nouvel effort consenti pour veiller à la prise en compte des besoins des personnes handicapées dans les programmes et les projets actuellement menés ou en cours de planification.

Processus d’aide très interactif, le programme de FEH permet aux participants d’identifier les moyens par lesquels ils peuvent prendre en compte les questions de handicap dans leur travail et de promouvoir l’égale participation des personnes handicapées. La FEH diffère des approches traditionnelles de sensibilisation au handicap en ce qu’elle encourage les individus à agir pour que les handicapés puissent jouir des mêmes droits et privilèges que les autres citoyens.

Les demandes de FEH commencent à affluer. En mars 2009, au titre du suivi de l’audit sur le handicap du Plan-cadre des Nations Unies pour l’aide au développement de la Zambie (UNDAF en anglais), organisé par l’OIT, l’équipe de pays du système des Nations Unies a demandé un atelier FEH pour les agences des Nations Unies sous la bannière «Une ONU unique». Ce plan est le cadre stratégique de programmation qui établit les priorités d’action commune de l’ONU.

L’atelier a tout de suite porté ses fruits. Les participants ont identifié un nombre d’initiatives qu’ils pourraient entreprendre pour faire tomber les entraves à l’insertion: organiser un «après-midi d’apprentissage» sur l’intégration du handicap pour les collègues; incorporer la sensibilisation au handicap dans les visites de contrôle; collecter des statistiques relatives au handicap, par exemple, en termes d’utilisation de services; mettre en valeur les objectifs liés au handicap et l’information dans les programmes et les publications à venir; et réexaminer le plan VIH/Sida 2009 pour voir s’il existe un moyen d’inclure le handicap.

Au-delà de leurs agences spécifiques, les participants ont également fait des recommandations à l’équipe de pays de l’ONU. L’une des recommandations était de mettre en place une commission sur le handicap, constituée de représentants de plusieurs agences pour prendre l’initiative et proposer une intégration significative des questions de handicap dans le prochain plan-cadre (2011-2013). Le principal objectif de la commission, qui a tenu sa première réunion en mai, sera de veiller à ce que le nouveau cadre soit parfaitement adapté aux personnes porteuses de handicap.

«Les participants disposent maintenant des outils, des connaissances et des responsabilités, ainsi que d’une approche fondée sur les droits. Des personnes dévouées sont en place», constate la Conseillère technique principale du BIT sur le travail des enfants à Lusaka, Mme Brigitte Poulsen. «L’atelier FEH était vraiment un parfait exemple de ‘l’unité d’action’ de l’ONU».

Une initiative planifiée pour août de cette année prévoit une FEH pour les parlementaires zambiens. «En menant cet exercice, les parlementaires pourront mieux identifier en quoi le handicap concerne leur travail et renforcer leur capacité à engager leur expertise au niveau national et au niveau de leur circonscription. Ils seront également en meilleure position pour mobiliser en faveur du changement au sein du Parlement, en particulier pour ce qui relève de l’adoption d’une législation appropriée, de la ratification de la convention de l’ONU sur les droits des personnes handicapées et de l’allocation de ressources adaptées pour les programmes liés au handicap», a déclaré M. Ian Plaskett, Chargé des droits de l’enfant pour l’UNICEF Zambie (Note 1).


Note 1 - Un certain nombre de normes internationales du travail et d’instruments prévoient l’intégration des personnes handicapées dans tous les aspects du monde du travail. Il s’agit entre autres de la convention de l’OIT (n° 159) sur la réadaptation professionnelle et l’emploi des personnes handicapées, ainsi que du Recueil de directives pratiques du BIT sur la gestion du handicap sur le lieu de travail (2001). Autre initiative internationale importante, la convention des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées. Cette convention représente un changement majeur en ce qu’elle interdit la discrimination fondée sur le handicap dans toutes les formes d’emploi. La Zambie a ratifié la convention n° 159 de l’OIT en 1989. L’année dernière, elle a signé celle des Nations Unies, bien qu’elle ne l’ait pas encore ratifiée.

Aussi bien l’audit sur le handicap de l’UNDAF (Plan-cadre des Nations Unies pour l’aide au développement) pour la Zambie, organisé par l’OIT en 2008, que l’atelier FEH pour les agences de l’ONU des 18 et 19 mars 2009 ont été possibles grâce au financement du projet OIT-Irish Aid (la Coopération irlandaise) «Promouvoir le travail décent pour les personnes handicapées grâce à un service d’aide à l’intégration du handicap (INCLUDE) dans le cadre de l’initiative «Une ONU unique».

Susan Mulela a participé aux ateliers et à la formation pour les femmes chefs d’entreprise financés par l’OIT et Irish Aid.

^ top