BAUCAU KOTA, Timor-Leste (BIT en ligne) – Il y a deux ans, Manuel Gaspar, un forgeron de la troisième génération travaillait dans la ville de Baucau Kota avec un à trois employés; il ne réussissait à produire que sept outils pour l’agriculture ou la construction par semaine.
Aujourd’hui, il produit jusqu’à 140 pelles, houes, herses, lames, machettes et autres outils par jour. Employant 45 ouvriers, dont 23 à titre permanent, M. Gaspar a réussi à développer son entreprise et à mettre sur pied dans la campagne timoraise un groupe baptisé «Blacksmith». A ce jour, Blacksmith a forgé 6 000 outils, réalisant un chiffre d’affaires de 50 à 60 000 dollars.
Manuel Gaspar est l’un des bénéficiaires d’un cours de formation qualifiante organisé conjointement par le Programme STAGE de l’OIT (Formation qualifiante pour un emploi rentable) et le Secrétariat d’Etat timorais pour la Formation professionnelle et l’Emploi. Lancé en 2004, ce programme de 6 millions de dollars mis en œuvre conjointement par l’OIT et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), financé par l’Union européenne (UE), promeut un système de formation qualifiante et de formation sur l’entreprise flexible, efficace et durable.
«C’est mon père qui m’a appris le savoir-faire traditionnel du forgeron. Il se transmet de génération en génération. Mais ce n’est qu’après avoir suivi la formation qualifiante de STAGE en 2006 que j’ai pu améliorer la qualité de mes produits et développer mes affaires», dit-il en souriant.
Qui plus est, Manuel Gaspar n’a pas seulement développé son entreprise avec succès, il est également devenu un formateur dévoué.
«Mon ambition est de mener des formations dans tous les districts, de partager mon expertise dans la production d’outils afin que d’autres puissent aussi développer leurs propres affaires et améliorer leurs conditions de vie. Je n’ai pas peur de la concurrence. Le marché tranchera», explique-t-il.
Dans le même temps, le travail du groupe Blacksmith a même été loué par le Président du Timor-Leste, Dr José Ramos-Horta, et M. Gaspar a pu ouvrir un nouvel atelier – un immeuble spacieux, abritant des locaux qui permettront à Blacksmith de produire encore plus d’outils et de former de nouveaux producteurs dans d’autres districts.
«Nous allons apposer le tampon de la marque officielle Blacksmith sur tous nos produits. Après nous être concentrés sur le volet production, nous nous intéressons maintenant à la promotion et au marketing. Nous explorons l’idée de mettre en place une coopérative ou une association Blacksmith», poursuit M. Gaspar.
Mettre en place un STAGE pour accroître la productivité, offrir des emplois et favoriser le développement
L’expérience du projet STAGE a préparé le terrain pour une discussion globale sur les stratégies d’utilisation des politiques de développement des compétences pour augmenter la productivité, l’emploi et le développement. Cette discussion est en cours à la Conférence internationale du Travail (CIT) qui se tient actuellement à Genève jusqu’au 13 juin. Le débat porte notamment sur les méthodes efficaces pour moderniser et améliorer la formation qualifiante, pour donner à plus d’hommes et de femmes accès aux qualifications, et pour assurer que la formation améliore vraiment les perspectives d’emploi et réponde aux besoins des employeurs.
«Le développement des qualifications est indispensable pour accroître la productivité qui, à son tour, stimule une croissance qui peut se concrétiser par plus d’emplois de meilleure qualité. La discussion que nous aurons ici à Genève va chercher à tirer des enseignements pertinents pour les pays les moins avancés, pour les pays en développement et pour les pays industrialisés en reliant les différents systèmes de développement des compétences, pour répondre aux besoins actuels du marché du travail, mais aussi pour faire face aux futurs besoins liés à l’évolution des technologies, des marchés et des stratégies relatives à l’environnement et au développement », explique Christine Evans-Klock, Directrice du Département des compétences et de l’employabilité du BIT.
Un rapport (Note 1) préparé pour la CIT souligne les trois dimensions qui font du développement des compétences un succès: le développement des qualifications doit être partie intégrante des stratégies plus larges d’emploi et de développement s’il s’agit de contribuer substantiellement à la fois à la productivité et à la croissance de l’emploi; le dialogue social entre employeurs, travailleurs et gouvernement, et la négociation collective peuvent créer un vaste engagement en faveur de l’éducation, de la formation et une culture d’apprentissage, et renforcer le soutien à la réforme des systèmes de formation; les politiques et les programmes de formation doivent veiller à l’égalité d’accès des hommes et des femmes, s’affranchir de toute discrimination et prendre en compte les obligations familiales et domestiques.
La discussion passera également en revue les défis et les expériences politiques des pays qui se situent à des niveaux de développement différents.
«Les pays les moins avancés comme le Timor-Leste sont confrontés au cercle vicieux d’un niveau d’éducation et de qualification insuffisant, d’une productivité faible et de la pauvreté. En Afrique subsaharienne, seul un enfant sur cinq en âge d’être scolarisé va à l’école. Les réponses politiques doivent mettre l’accent sur l’augmentation de l’accès des plus pauvres à la formation, sur la modernisation de l’apprentissage et l’amélioration de la formation dans les institutions publiques et privées», affirme Mme Evans-Klock.
Alors que dans les pays en développement les défis politiques consistent à répondre aux déficits de qualifications dans les secteurs à forte croissance et à favoriser la formalisation de l’économie à travers des actions de formation, le principal défi politique pour les pays de l’OCDE est de préserver la pertinence des compétences acquises par les travailleurs qui arrivent sur le marché comme par ceux qui sont en milieu de carrière.
Les efforts déployés en Europe centrale et orientale et par la Communauté des Etats indépendants comprennent la restructuration des systèmes d’éducation et de formation pour répondre aux demandes de la nouvelle économie de marché; ils encouragent la flexibilité et la mobilité de la main-d’œuvre.
A la lumière de l’expérience des pays qui ont axé leur politique de qualification sur la réalisation des objectifs de productivité, d’emploi et de développement, Mme Irmgard Nübler, spécialiste du BIT en compétences, affirme: «Une bonne part de leur succès est due à une coordination politique efficace grâce à des institutions qui fonctionnent bien à trois niveaux: premièrement, elles alignent l’éducation à l’école sur le développement des compétences dans les centres de formation et les entreprises pour réussir l’entrée sur le marché du travail et l’apprentissage tout au long de la vie; deuxièmement, elles mettent en relation employeurs et formateurs afin de mieux adapter la formation dispensée aux besoins des entreprises et, troisièmement, elles intègrent des politiques de qualification tournées vers l’avenir et des politiques en matière d’investissement, de commerce, de technologie ou des politiques de développement national afin de préparer la main-d’œuvre aux emplois émergeant dans les secteurs de forte croissance».
Note 1 - Aptitudes professionnelles pour une meilleure productivité, la croissance de l’emploi et le développement, Rapport V, Conférence internationale du Travail, 97e session 2008, Bureau international du Travail, Genève.