Des responsables politiques et des leaders d’opinion venus du monde entier se réuniront à Lisbonne, au Portugal, du 31 octobre au 2 novembre 2007 pour débattre du rôle du travail décent comme clé de la viabilité économique, sociale et environnementale et d’une mondialisation équitable et sans exclus. Parmi les sujets traités lors du Forum figurent les défis que constituent l’amélioration des compétences, la mise à niveau de l’économie informelle, les migrations de main-d’œuvre, l’extension de la protection sociale, le dépassement des handicaps et des discriminations, et les moyens d’améliorer la cohérence entre les politiques des organisations internationales. Voici une série de questions et réponses relatives au Forum et aux sujets qui y seront débattus.
De quoi traite le Forum du BIT sur le travail décent au service d’une mondialisation équitable et en quoi est-il important ?
Pour la première fois depuis le rapport de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation en 2004 (Note 1), ce forum offrira une occasion d’approfondir et d’élargir la discussion sur le thème d’une mondialisation juste et sans exclus et du travail décent. Il réunira des représentants des gouvernements, des travailleurs et des employeurs, ainsi que des dirigeants de parlements, d’universités et de la société civile. Il reflète la priorité économique et sociale donnée à la construction d’une mondialisation qui soit équitable, qui augmente les possibilités, réduise les inégalités et réponde aux demandes du public d’accéder à un emploi décent. Une conviction commune se fait jour peu à peu: la mondialisation peut être infléchie et modifiée pour le meilleur. Les solutions doivent prendre en compte les spécificités de chaque pays. Cependant, il existe des principes communs dont tous les pays peuvent s’inspirer et de nombreux problèmes identiques à traiter – le respect des normes fondamentales du travail, l’extension de la sécurité sociale, un cadre pour gérer les migrations de main-d’œuvre, l’éducation, la formation et la transition de l’école vers l’emploi, l’emploi des jeunes et la mise à niveau de l’économie informelle. Tous ces thèmes sont inscrits à l’ordre du jour du Forum.
Pourquoi le dialogue est-il si important ?
Le rapport de la Commission mondiale a lancé une discussion internationale sur une mondialisation juste et équitable et a reçu le soutien de nombreux forums nationaux, régionaux et mondiaux. Depuis la publication du rapport, des progrès ont été enregistrés mais le chemin à parcourir est encore long. Des processus de dialogue solides sont indispensables pour amener les différentes parties à imaginer des solutions intégratrices. L’OIT est une organisation tripartite – qui compte des représentants des gouvernements, des travailleurs et des employeurs – fondée sur le dialogue. Nous souhaitons instaurer ce dialogue dans un contexte plus large afin de promouvoir le travail décent pour tous. Le Forum attirera aussi des parlementaires, des membres de la société civile, des ONG, des autorités locales, des dirigeants politiques et des faiseurs d’opinion du monde entier. Ils viennent à Lisbonne afin de trouver des moyens de travailler ensemble pour faire avancer le travail décent en vue d’une mondialisation plus équitable.
En trois ans d’exercice de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation, y a-t-il eu des progrès accomplis en direction d’une mondialisation plus juste et plus équilibrée ?
Alors que la mauvaise gouvernance de la mondialisation qui préoccupe tant la Commission perdure, des progrès peuvent être consignés dans un certain nombre de domaines spécifiques – normes fondamentales du travail, responsabilité sociale des entreprises, accords cadres mondiaux, réforme de l’ONU, cadre multilatéral pour les migrations de main-d’œuvre. Il faut aller plus loin. Le système économique mondial est certes bien enraciné, mais il manque un système social mondial digne du 21ème siècle. Des vides éthiques, sociaux et de gouvernance persistent. Les concepts de mondialisation juste et de travail décent comblent ces trois lacunes. Nous devons inciter les décideurs politiques du monde du travail à intégrer le réflexe du travail décent dans la prise de décision – c’est-à-dire un intérêt particulier pour les droits, l’emploi, la protection sociale et le dialogue social.
Qu’en est-il des travailleurs pauvres et de ceux qui disposent de très faibles revenus pour vivre. La mondialisation étend-elle ses bénéfices jusqu’à ceux qui en ont désespérément besoin ?
Le bilan demeure contrasté. Alors que certains pays ont réduit le nombre de leurs travailleurs pauvres, le nombre de personnes vivant dans une extrême pauvreté reste très élevé en termes absolus et ne recule pas en Afrique. La croissance a été un facteur important de réduction de la pauvreté, mais elle ne s’est pas traduite par une création de postes adéquate ou d’emplois de niveau et de valeur suffisants. Qui plus est, le différentiel de revenus entre riches et pauvres se creuse et la faible croissance de l’emploi formel laisse des milliards de travailleurs dans l’économie informelle (Note 2). Pour créer une mondialisation plus juste, nous devons promouvoir plus fortement notre Agenda pour le travail décent. Des programmes de travail décent par pays, cohérents et spécifiques, peuvent faciliter la convergence entre initiatives privées et publiques et contribuer à intégrer les objectifs du travail décent dans les politiques de développement nationales.
La mondialisation économique est une réalité mais les politiques sociales restent locales et nationales. Comment peut-on changer cet état de fait ?
Le Forum va s’attaquer à la question de la cohérence politique au sein du système international et discuter de la façon dont gouvernements et parlements peuvent agir pour une plus grande cohérence politique des positions de leur pays dans les organisations internationales. Un exemple récent au cours de l’année écoulée est celui des organisations de l’ONU, de l’OMC et des Institutions financières internationales qui ont travaillé avec l’OIT à la création d’un Guide des outils pour l’intégration de l’emploi et du travail décent. Au printemps dernier, le Guide a été approuvé par le Conseil des chefs de secrétariat des organismes des Nations Unies (CCS) présidé par le Secrétaire général Ban Ki-Moon.
Le Guide est conçu pour aider les organisations du système multilatéral à évaluer et améliorer les incidences sur l’emploi et le travail décent de leurs propres politiques, programmes et activités. Il encourage plus particulièrement les agences à formuler et à mettre en œuvre des plans d’action assortis de délais pour promouvoir les objectifs de plein emploi productif et de travail décent pour tous.
Que peut-on attendre de ce Forum ?
Le potentiel de synergies entre acteurs et réseaux existants autour d’un agenda pour le travail décent et une mondialisation juste est très vaste. Mais personne ne détient toutes les réponses. Le Forum de l’OIT offrira un espace unique de débat sur les moyens pour faire avancer cet agenda politique. Les discussions feront le lien entre l’agenda de l’OIT pour le travail décent et le sujet plus large de la création d’une mondialisation juste. Par exemple, la mondialisation privilégie l’éducation et les compétences. Comment peut-on améliorer l’employabilité et combler les lacunes de savoir existantes ? D’autres défis importants incluent la mise à niveau du travail et des entreprises dans l’économie informelle, l’obtention des avantages des migrations et la diminution des risques liés à la mobilité des travailleurs et la création d’emplois décents plus nombreux pour les jeunes. Par ailleurs, 80 pour cent des travailleurs dans le monde n’ont peu ou pas de sécurité sociale. Le Forum va débattre de la façon d’avancer vers une sécurité sociale plancher dans le monde. Ce Forum offrira un point de départ pour agir. Parlementaires, banques centrales, organisations internationales et régionales, société civile et monde académique ont tous des contributions singulières à apporter. L’objectif est de créer des synergies autour des mandants tripartites pour une action nationale et internationale plus forte en faveur du travail décent et d’une mondialisation équitable.
Note 1 – Une mondialisation juste: créer des opportunités pour tous, Rapport de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation, Bureau international du Travail, Genève, 2004.
Note 2 – Voir Le Travail décent au service d’un développement durable, Introduction du Directeur général à la Conférence internationale du Travail, CIT 96-2007/Rapport I (A).