OUAGADOUGOU (BIT en ligne) – – Salissa travaille comme maraîchère à Loumbila, un petit village à la périphérie de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.
Elle vient tout juste d’avoir un deuxième enfant. Dix jours seulement après l’accouchement, elle était de retour au travail, accomplissant dix heures par jour de maraîchage afin de subvenir aux besoins de sa famille.
«Dans de nombreux pays en développement, le congé maternité est un luxe dont jouit une petite minorité de femmes salariées couvertes par la sécurité sociale. La pauvreté contraint de nombreuses femmes de ces pays à travailler jusqu’à terme et à reprendre leur travail dès la naissance, mettant ainsi en danger leur vie et celle de leur enfant», explique Naomi Cassirer, auteure du nouveau rapport du BIT sur la Maternité sans risques et le monde du travail.
Des signes d’espoir existent néanmoins. Au Burkina Faso, une campagne de syndicalisation des travailleurs de l’économie informelle est mise en place afin de soutenir les futures mères, avec des plans pour les aider à bénéficier d’un congé de maternité rémunéré grâce à un nouveau Fonds de prévoyance sociale pour les travailleurs de l’économie informelle (MUPRESSI). Ce fonds a été conçu grâce à l’OIT et à DANIDA, l’Office danois du développement international, pour étendre la couverture sociale aux soins de santé et aux maladies professionnelles.
En Jordanie, l’OIT travaille en étroite collaboration avec le gouvernement et les organisations d’employeurs et de travailleurs pour fournir une orientation sur la faisabilité de la mise en place d’un système de protection de la maternité juste et accessible dans le pays. Au Cambodge, où la malnutrition, la discrimination à l’embauche fondée sur la grossesse et le manque de dispositions pour l’allaitement sur le lieu de travail nuisent à la santé des mères et de leurs enfants, les propriétaires d’usines textiles travaillent avec l’OIT et ses partenaires pour améliorer la protection de la maternité au travail et entreprendre des campagnes de sensibilisation dans les entreprises pour promouvoir une meilleure santé pendant la grossesse.
Le monde du travail: un point d’accès essentiel à une maternité sans risques
Selon le rapport, le monde du travail est un point d’accès prometteur pour augmenter les interventions visant à améliorer la santé maternelle et la protection de la maternité – malgré la situation décourageante qu’affrontent de nombreuses femmes dans le monde qui sont exclues des systèmes de protection sociale et juridique et risquent d’être discriminées ou licenciées en raison de la grossesse ou de l’accouchement.
Les discriminations et les effets des dangers potentiels auxquels sont confrontées les travailleuses pendant leur grossesse ou après leur accouchement peuvent être atténués par des mesures sociales et juridiques.
Le rapport met en lumière la nécessité d’améliorer les conditions de travail médiocres: produits chimiques, pesticides, forte amplitude horaire, travaux de force … autant de graves menaces pour la santé des femmes enceintes et allaitantes.
«Nous devons sensibiliser aux risques et aux besoins des femmes enceintes au travail. Les campagnes de sensibilisation véhiculées par le monde du travail sont à cet égard prometteuses», déclare Naomi Cassirer.
Le rapport appelle aussi à une extension de la protection sociale à tous, à lever les obstacles financiers aux soins de santé qui privent actuellement de nombreuses femmes d’accès aux soins obstétriques dont elles ont besoin. Il met également en exergue la nécessité de faire face à la crise globale qui touche les personnels de santé.
«Dans de nombreux pays en développement, la qualité des soins se détériore tandis que les personnels de santé se battent contre le manque d’effectifs et les piètres conditions de travail qui résultent de la hausse des coûts de santé, des coupes budgétaires, de la hausse des migrations et, dans certains pays, du taux de prévalence du VIH/Sida. Investir dans le travail décent pour les personnels de santé est aussi un investissement dans la santé maternelle», affirme l’expert du BIT.
Les normes internationales du travail de l’OIT offre des orientations pour les législations et les pratiques nationales. La convention de l’OIT sur la maternité de 2000 (n° 183) fixe les exigences minimales de la protection de la maternité au travail, y compris le droit à une période de congé de maternité avant et après l’accouchement, une prise en charge financière et médicale, la protection de la santé au travail, le droit à des pauses pour allaiter, la protection de l’emploi et la non-discrimination.
Alors que 62 pays ont ratifié au moins l’une des trois conventions relatives à la protection de la maternité, 166 des 181 Etats membres de l’OIT étudiés ont mis en place des dispositions légales pour la protection de la maternité selon le rapport. Près de la moitié d’entre eux octroient un congé de maternité d’au moins 14 semaines, alors que 36 pour cent seulement ont atteint la norme prévue par la Convention n° 183 en maintenant au moins deux tiers du salaire pendant le congé. Il reste encore beaucoup à faire pour transcrire les principes de la convention dans la réalité.
Le rapport met aussi en lumière plusieurs autres domaines d’activité de l’OIT, y compris la lutte contre le VIH/Sida à travers le lieu de travail, qui peuvent contribuer à élargir les efforts pour une grossesse sans risques, et notamment pour atteindre l’Objectif du millénaire pour le développement des Nations Unies de réduction des décès maternels de 75 pour cent d’ici à 2015.
«Assurer que le travail ne menace pas la santé des mères et que la maternité ne nuit pas à la sécurité économique des femmes, apporter la sécurité sociale à toutes celles qui n’en ont pas et trouver des réponses nationales et internationales efficaces à la crise des personnels de santé – voilà des investissements fondamentaux dans la vie et la santé des femmes et de leurs enfants», conclut Assane Diop, Directeur exécutif du Secteur de la protection sociale au BIT.
Note 1 – Le rapport Safe Maternity and the World of Work (Maternité sans risques et le monde du travail) Bureau international du Travail, Genève, 2007, doit être présenté lors de la Conférence «Les femmes donnent la vie» à Londres, du 18 au 20 octobre 2007. Cette conférence réunira des responsables mondiaux et des délégués de 75 pays qui se pencheront sur les stratégies permettant de poursuivre les Objectifs du Millénaire pour le Développement et d’infléchir le nombre de décès de mères et de nouveaux-nés liés à la grossesse. Contact: Naomi Cassirer, Administrateur technique principal du Programme Conditions d’emploi et de travail au BIT, tél.: +4122/799-6717, courriel: Cassirer@ilo.org
