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L'éducation ouvrière au vingt-et-unième siècle

Du 8 au 12 octobre 2007, plus de 150 représentants syndicaux de 45 pays se rencontrent au siège de l'OIT à Genève pour débattre des moyens de renforcer la capacité des syndicats à influencer les politiques socio-économiques et les stratégies de développement. Les activités d'éducation des travailleurs sont au cœur des efforts d’adaptation aux changements rapides qu'engendre la mondialisation pour le monde du travail. BIT en ligne s'est entretenu avec Dan Cunniah, Directeur par intérim du Bureau des activités pour les travailleurs du BIT.

Type Article
Date de parution 12 octobre 2007
Unité responsable Communication et information au public
Sujet syndicats, éducation ouvrière
Autres langues English • Español

BIT en ligne: Quelle est la raison d’être de cette réunion?

Dan Cunniah: Le Colloque international des travailleurs sur le rôle des syndicats dans l’éducation ouvrière a pour but d’évaluer les activités éducatives des travailleurs et d’identifier les besoins des travailleurs aux niveaux national, régional et international. Seront débattues leurs expériences, les leçons qui en ont été tirées et les pistes d’avenir. Les délégués étudieront également le rôle de l’éducation ouvrière dans la mise en œuvre de l’Agenda de l’OIT pour le travail décent et développeront des stratégies pour bâtir et renforcer les capacités des syndicats. Cela suppose de revoir le rôle que peuvent jouer les centres d’éducation ouvrière, ainsi que les nouvelles méthodes et techniques pour dispenser cette formation.

BIT en ligne: La dernière grande réunion internationale de syndicats relative à la formation syndicale s’est tenue en 1994. Pourquoi organiser cet événement maintenant?

Dan Cunniah: Nul doute qu’il fallait, plus de dix ans après la dernière grande réunion syndicale sur l’éducation ouvrière, que le Colloque de 2007 (Note 1) organisé par le Bureau des activités pour les travailleurs du BIT soit consacré à ce thème. C’est l’un des plus importants pour les organisations de travailleurs. Depuis la création du syndicalisme, la formation des militants, des délégués et responsables syndicaux a été l’une des principales sources de leur loyauté envers ses idéaux et ses principes, de sa force croissante, de sa constante adaptation à de nouvelles réalités et surtout de sa pérennité.

BIT en ligne: Ce regain d’intérêt international est-il le symptôme d’une crise de l’éducation ouvrière?

Dan Cunniah: Certainement pas. Chaque année dans le monde, l’éducation ouvrière forme des centaines de milliers de syndicalistes aux bases et aux techniques de négociation collective, aux méthodes de recrutement et d’organisation, aux questions de santé et de sécurité au travail, aux droits au travail, à l’égalité, etc. Dans de nombreux pays, cela va au-delà des préoccupations liées au lieu de travail et concerne le rôle des organisations syndicales dans la société, le renforcement de la démocratie et le combat pour la justice sociale et l’environnement.

BIT en ligne: Quelle est la différence entre la formation syndicale et l’enseignement dispensé dans les écoles?

Dan Cunniah: Etant une véritable éducation populaire, au meilleur sens du terme, l’éducation ouvrière ne singe pas l’enseignement délivré par les écoles et les universités, bien que l’importance de cet enseignement échappe bien entendu à toute controverse. Elle offre plutôt une formation unique en son genre, qui prend comme point de départ les problèmes que rencontrent les hommes et les femmes qui travaillent. Son contenu peut être très différent d’un curriculum scolaire, et elle a ses propres méthodes d’enseignement. En constante évolution, l’éducation ouvrière a élargi son propre champ d’action et a établi des passerelles avec tous les niveaux du système éducatif, y compris les universités. Le programme des Activités pour les travailleurs du Centre international de formation de l’OIT de Turin n’est pas resté à la traîne. Chaque année, il forme plusieurs centaines de responsables syndicaux, confirmant ainsi l’importance qu’attache l’OIT au renforcement des capacités des organisations de travailleurs à travers l’éducation ouvrière.

BIT en ligne: Alors pourquoi lui consacrer un Colloque international?

Dan Cunniah: La réponse est simple. L’éducation ouvrière a déjà beaucoup apporté au mouvement syndical, mais elle devrait pouvoir lui apporter davantage. Depuis la réunion d’Helsingor, le monde a changé et les défis lancés par la mondialisation et les besoins de travail décent sont devenus plus clairs. Au-delà des préoccupations immédiates, les syndicats doivent aussi s’attaquer à la question de la finalité de l’éducation ouvrière. Se battent-ils simplement pour représenter leurs membres dans le nouvel ordre mondial ou devraient-ils plutôt s’efforcer de devenir des acteurs clés de la société civile?

En d’autres termes, la formation devra aussi s’étendre et comprendre des cours et des programmes qui permettront aux syndicalistes de participer à la construction de la société dans son ensemble. Ce débat est déjà lancé, et certaines centrales syndicales ont commencé à tracer et à expérimenter de nouveaux chemins. C’est ce qui est à l’origine de ce colloque qui va donner l’occasion aux syndicalistes des cinq continents de dialoguer, d’échanger des points de vue et des expériences, et de rechercher une coordination et des synergies.

BIT en ligne: Pouvez-vous nous expliquer plus en détails?

Dan Cunniah: En dehors d’être un outil opérationnel pour les syndicats, l’éducation ouvrière est aussi un laboratoire dans lequel les militants imaginent de nouvelles idées de mobilisation, de manière à faire face aux nouveaux problèmes rencontrés sur les lieux de travail ou répondre aux préoccupations plus générales des travailleurs. Stress, violences au travail, homophobie et harcèlement sont quelques-uns des sujets que les formateurs doivent traiter – parfois avant même d’avoir pu les inscrire à l’ordre du jour de leur organisation.

Aujourd’hui, les organisations syndicales et leurs programmes de formation doivent prendre en compte les effets de la mondialisation économique, la demande de travail décent, la lutte contre la propagation du VIH/Sida et contre les discriminations subies par les porteurs du virus, les changements climatiques, les migrations et l’essor de l’économie informelle. Ils doivent préparer les représentants des travailleurs à prendre des responsabilités dans des négociations complexes: les processus d’intégration économique, les programmes stratégiques de réduction de la pauvreté, la flexisécurité et les conseils d’administration des multinationales.

BIT en ligne: Cela n’est pas toujours facile…

Dan Cunniah: En effet, tout cela se déroule dans un contexte souvent peu propice au dialogue. Dans son premier rapport annuel publié en septembre 2007 sur les violations des droits syndicaux, la nouvelle Confédération internationale des syndicats cite 144 meurtres de syndicalistes en 2006, plus de 5 000 arrestations en relation avec leurs activités syndicales et plus de 8 000 cas de renvois pour les mêmes raisons. Le rapport recense des violations de la liberté d’association à des degrés divers dans 138 pays.

BIT en ligne: Qu’attendez-vous de cette réunion?

Dan Cunniah: La contribution du mouvement syndical à la promotion de l’éducation pour tous, gratuite mais de haute qualité, est connue et reconnue par le grand public. Mais le rôle éducatif du mouvement lui-même, à travers l’éducation ouvrière, est passé sous silence. Et ce malgré l’important investissement que cela suppose, tant en termes financiers que de ressources humaines. Le Colloque international des travailleurs sur l’éducation ouvrière et les documents qui lui sont consacrés aideront à remédier à cet état de fait. Cela permettra à l’OIT et plus particulièrement à son Bureau des activités pour les travailleurs de réévaluer ses programmes de formation à la lumière des conclusions qui seront adoptées.


Note 1 – Pour plus d’information, le Bureau des activités pour les travailleurs du BIT a produit un document de référence qui donne un aperçu de l’état de la formation syndicale dans le monde: Le rôle des syndicats dans l’éducation ouvrière: la clé du renforcement des capacités syndicales. Colloque international des travailleurs, Genève, 8-12 octobre 2007, Bureau international du Travail.

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