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Journée Mondiale des Enseignants 2007- Concilier pénurie de professeurs et éducation de qualité pour tous

C’est un paradoxe: alors que l’éducation revêt une importance croissante pour les sociétés de l’information et du savoir, le monde est confronté à une pénurie de professeurs qualifiés. Selon certaines estimations internationales, il faudrait recruter 18 millions de nouveaux enseignants au cours de la prochaine décennie pour répondre aux besoins d’apprentissage de tous les enfants, jeunes et adultes d’ici à 2015 comme le stipulent les OMD et le mouvement Éducation pour tous.

Type Article
Date de parution 4 octobre 2007
Unité responsable Communication et information au public
Sujet éducation
Autres langues English • Español

C’est un paradoxe: alors que l’éducation revêt une importance croissante pour les sociétés de l’information et du savoir, le monde est confronté à une pénurie de professeurs qualifiés. Selon certaines estimations internationales, il faudrait recruter 18 millions de nouveaux enseignants au cours de la prochaine décennie pour répondre aux besoins d’apprentissage de tous les enfants, jeunes et adultes d’ici à 2015 comme le stipulent les OMD et le mouvement Éducation pour tous. Pour satisfaire cette demande, les pays recourent de plus en plus souvent à des « enseignants sous contrat », en particulier dans les pays francophones d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. Qui sont ces « enseignants sous contrat » et quel est l’impact de leur présence grandissante ? Alec Fyfe, auteur du document de l’OIT « L’utilisation d’enseignants contractuels dans les pays en développement: tendances et impact » s’entretient de cette question avec BIT en ligne.

BIT en ligne: Qu’est-ce qu’un enseignant sous contrat ?

Alec Fyfe: Les enseignants contractuels représentent une catégorie vaste et diversifiée. Elle comprend des volontaires, professeurs communautaires, auxiliaires communautaires, parents bénévoles et toutes sortes de personnel « parascolaire ». En général, les enseignants sous contrat ont des qualifications moindres (éducation secondaire voire moins) et sont employés dans des conditions moins favorables que les professeurs titulaires. Ils ne sont pas fonctionnaires et dans la plupart des cas leurs contrats se limitent à un ou deux ans, avec le plus souvent la possibilité de les renouveler.

Quelles sont leurs conditions de travail ?

Alec Fyfe: Leurs salaires sont souvent considérablement plus faibles que dans la fonction publique, en moyenne ils varient entre la moitié et le quart de ceux de leurs homologues enseignants, et ils bénéficient rarement des mêmes emplois et droits au travail. Peu sont membres des syndicats d’enseignants ou d’autres organisations. Dans certains pays, la seule manière d’être titularisé est de travailler d’abord comme contractuel, alors que dans d’autres pays les contractuels remplacent souvent les fonctionnaires absents. La régularisation des contractuels diffère selon les pays et dans certains cas elle est laissée à l’appréciation des communautés locales plutôt qu’aux autorités publiques. En bref, les enseignants sous contrat sont moins chers et souvent non professionnels.

Pourquoi l’utilisation de contractuels a-t-elle tendance à s’accentuer ?

Alec Fyfe: Les enseignants contractuels ont été utilisés pour répondre à toute une série d’objectifs, de l’accès élargi à l’éducation à l’offre d’un gisement d’emplois pour les jeunes. Et en effet, ils ont joué un rôle crucial pour favoriser l’éducation des populations difficiles à atteindre, dans des zones rurales et reculées, où les professeurs sont moins attirés et où il n’y a pas suffisamment d’élèves pour ouvrir une école traditionnelle. Ces populations isolées appartiennent souvent à des ethnies minoritaires ou à d’autres communautés pauvres. Au Cambodge par exemple, les enseignants contractuels ont permis la scolarisation après guerre d’ethnies minoritaires dans des zones reculées.

Aujourd’hui, dans les pays en développement et dans certains pays industrialisés, les autorités éducatives se sont davantage tournées vers une politique d’embauche d’enseignants « contractuels » comme une alternative à moindre coût pour répondre aux déficits chroniques de recrutement. Le recours à des professeurs sous contrat a émergé comme solution pour les pays qui se perçoivent eux-mêmes comme pris entre le marteau et l’enclume - confrontés à la pression d’augmenter le taux de scolarisation en accord avec l’objectif de 2015 de l’éducation pour tous et à de sévères contraintes budgétaires.

Recourir à ce type de contrats « précaires » a-t-il un impact négatif ?

Alec Fyfe: Institutionnaliser la pratique des professeurs sous contrat, avec peu ou pas de perspective de développement de carrière, beaucoup moins bien rémunérés et formés que les professeurs certifiés, a de lourdes conséquences pour la qualité de l’éducation et le statut des enseignants. Diluer la qualité du métier d’enseignant peut se traduire par une baisse du niveau d’éducation. Certaines études nous alertent aussi sur la rotation accélérée des enseignants contractuels qualifiés qui risque de se traduire par une baisse de la qualité de ces para professionnels avec les effets négatifs qui s‘en suivent sur la performance des élèves à long terme. De plus, l’expérience récente a montré que toucher ceux qui sont difficiles à atteindre (le défi clé pour réaliser l’Éducation pour tous) revient nettement plus cher. Les enseignants contractuels ont été une réponse satisfaisante à court terme dans le cadre des politiques ciblées pour favoriser l’accès à l’éducation mais avec de fréquentes répercussions sur la qualité qui engendrent des coûts cachés.

Peut-on sortir de ce que beaucoup voient comme un dilemme « qualité ou quantité » ?

Alec Fyfe: Comme le stipule la Recommandation OIT/UNESCO relative au statut des enseignants (1966), il convient de résoudre la pénurie d’enseignants à long terme grâce à des mesures spécifiques permettant la promotion et l’éventuelle intégration de professeurs non qualifiés dans le corps enseignant régulier, dans le cadre d’une politique plus systématique d’élimination progressive de ces « professeurs » dans un délai imparti. Parallèlement, les contractuels, comme tous les enseignants, doivent bénéficier de la même éducation, de la même formation et du même soutien. Un système de formation modulée conviendrait à une stratégie où, comme au Sénégal, l’enseignement sous contrat est perçu comme une voie d’accès à la profession enseignante.

Cependant, si ce type d’enseignement est considéré comme une voie alternative de recrutement, alors des primes et des opportunités de promotion et de formation adaptées doivent être mises en place pour garantir la sélection et la rétention des enseignants les plus compétents.

Il n’existe pas de raccourci vers la qualité dans l’éducation. La qualité coûte peut-être davantage, mais elle est payante à long terme. C’est pourquoi les pays doivent en premier lieu investir suffisamment dans l’éducation et la formation: l’OIT se prononce pour un objectif de 6 pour cent du PIB.

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Les enseignants sont au cœur d’une éducation de qualité: c’est tout le sens du message conjointement publié par l’OIT, l’UNESCO, le PNUD, l’UNICEF et Éducation internationale pour la Journée mondiale des enseignants 2007. Les solutions politiques à la pénurie qui alourdissent la tâche des enseignants, en particulier lorsque les conditions d’enseignement sont déjà défaillantes, qui abaissent les normes de formation des enseignants et qui reposent sur l’embauche de nombreux enseignants contractuels sous qualifiés, sans sécurité de l’emploi, diminuent encore davantage le statut de la profession enseignante. Elles laissent les enseignants mal armés face aux réalités de la classe et engendrent une perte de motivation professionnelle. Le Message réaffirme la nécessité de continuer à coopérer pour faire « les bons choix afin que les enseignants soient recrutés, formés et soutenus de façon à constituer un corps enseignant motivé, efficace, capable de contribuer à la réalisation de notre objectif commun: offrir à tous les enfants une éducation de qualité ».

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