Ensemble, l’OIT et la SFI promeuvent le programme «Travailler mieux» dans les processus de production mondiaux: Une interview avec Ros Harvey, Directrice du Programme mondial Travailler mieux de l’OIT et de la SFI

La Société financière internationale (SFI) du Groupe de la Banque mondiale et l’OIT se sont unies pour améliorer les conditions de travail et la compétitivité dans les processus de production mondiaux. Un forum consultatif d’investisseurs internationaux, Business for Social Responsibility (BSR), va appuyer les efforts entrepris par le tout nouveau programme Travailler mieux. BIT en ligne s’est entretenu avec Ros Harvey, Directrice du Programme mondial Travailler mieux de l’OIT et de la SFI.

Type Article
Date de parution 17 septembre 2007
Unité responsable Communication et information au public
Autres langues English • Español

BIT en ligne: En quoi consiste le nouveau programme Travailler mieux?

Ros Harvey: Le programme Travailler mieux a trait à une mondialisation plus juste et à la réduction de la pauvreté dans les pays en développement. Il est conçu pour améliorer les conditions de travail dans les chaînes d’approvisionnement mondiales tout en améliorant la compétitivité et la situation des entreprises. Les investisseurs internationaux ont un rôle important à jouer dans ce processus en favorisant le progrès dans leur propre production.

Travailler mieux gérera des projets pilotes dans trois pays (Jordanie, Lesotho et Viet Nam) qui combinent des évaluations indépendantes des normes du travail au niveau de l’entreprise avec la formation et le renforcement des capacités. A eux seuls, ces projets pilotes toucheront près de 800 000 travailleurs.

BIT en ligne: Quel est le rôle du BSR dans ce programme?

Ros Harvey: Le BSR est une éminente association à but non lucratif réunissant des entreprises dans le domaine de la responsabilité sociale; elle compte parmi ses membres 250 des plus grandes sociétés mondiales dans tous les secteurs, y compris les produits de grande consommation, l’agriculture, les transports, les technologies de l’information et de la communication, le secteur pharmaceutique, le pétrole et le gaz, les mines et les médias. Elle dispose de bureaux à San Francisco, en Europe, en Chine et à Hong-Kong.

Le BSR va travailler avec les investisseurs internationaux afin d’organiser des réunions stratégiques mondiales, de coordonner des procédures de consultation, diffuser de l’information, tirer les leçons de l’expérience et encourager la participation active des bailleurs au programme. L’alliance entre l’OIT, la SFI et le BSR est aussi destinée à réduire les doublons et à réorienter les efforts vers la résolution des problèmes des processus de production mondiaux. Le BSR va coordonner les investisseurs internationaux dans des secteurs tels que le textile et l’habillement, l’agroalimentaire (production et transformation) et d’autres industries légères.

BIT en ligne: Dans quelle mesure ce nouveau programme s’appuie-t-il sur l’expérience de l’OIT, de la SFI et du BSR dans le cadre d’un programme similaire au Cambodge?

Ros Harvey: Le BSR avait déjà travaillé avec des bailleurs de fonds internationaux, l’OIT et la SFI au Cambodge sur le Projet «Better Factories Cambodia» (Amélioration des conditions de travail dans les usines cambodgiennes) qui a inspiré la création de Travailler mieux. L’approche Travailler mieux a engendré des progrès avérés des conditions de travail et la création de dizaines de milliers d’emplois et a soutenu une hausse des exportations vers les Etats-Unis et l’Union européenne. Depuis la fin de l’Arrangement multifibres (MFA), les emplois du secteur export du textile au Cambodge ont augmenté de près de 30 pour cent malgré les inquiétudes quant au déclin du secteur. Au cours de la première année qui a suivi la suppression des quotas, les investisseurs internationaux parties prenantes au programme ont augmenté leurs exportations du double de la moyenne du secteur.

BIT en ligne: Quels sont les avantages et les défis créés par la mise en œuvre des normes du travail dans les processus de production?

Ros Harvey: Comme la concurrence mondiale augmente, les pays ont besoin de trouver des moyens de conserver et développer leurs marchés. Ils doivent adopter une stratégie holistique améliorant les conditions de travail et le respect des normes du travail, favorisant la hausse de la productivité et la promotion du dialogue. Le Cambodge a réussi à attirer les investisseurs étrangers et à remplir ses carnets de commande et illustre ainsi que le respect des normes du travail est bon pour les affaires. Améliorer les normes du travail dans les processus de production est bon pour les affaires mais aussi pour les travailleurs et leur entourage. Cela permet de partager les bénéfices du commerce mondial avec certains des plus pauvres de la planète en s’assurant qu’ils sont correctement rémunérés, qu’ils bénéficient de conditions de travail décentes et que leurs droits sont respectés.

BIT en ligne: Quel soutien peuvent apporter l’OIT et la SFI aux entreprises et aux travailleurs?

Ros Harvey: La Déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail contient les «quatre libertés du travail»: des lieux de travail exempts de travail des enfants, de travail forcé et de discriminations, qui promeuvent la liberté d’association et la négociation collective.

Parmi les autres outils de l’OIT qui contribuent à promouvoir des lieux de travail décents se trouvent la Déclaration de principes tripartite de l’OIT sur les entreprises multinationales et la politique sociale dont le trentième anniversaire sera célébré cette année, le récent accord tripartite adopté lors de la Conférence internationale du Travail de juin qui concerne les entreprises durables et leur promotion, et une série de «programmes d’action» organisés par secteur et dans lesquels employeurs, syndicats et gouvernements travaillent ensemble, tels que le tourisme et le textile.

La SFI dispose de normes de performance pour orienter ses investissements. La norme de performance 2 présente les bonnes pratiques pour les entreprises en matière de questions sociales. Elle inclut les principales normes du travail de l’OIT ainsi qu’un certain nombre d’autres normes.

La SFI, souvent en partenariat avec des organisations telles que l’OIT, développe aussi des outils, des notes de bonnes pratiques, et d’autres guides pour le secteur privé, pour aller plus loin dans le respect de leurs normes sociales de performance. Travailler mieux est l’un de ces outils.

BIT en ligne: Il existe de nombreuses initiatives en matière de responsabilité sociale des entreprises (RSE) dans le monde. Quel est l’avantage comparatif d’un programme tel que Travailler mieux?

Ros Harvey: La grande variété des parties prenantes confère à ce programme un haut degré de crédibilité. Les outils et les programmes spécifiques aux pays de Travailler mieux vont nous permettre de travailler avec les gouvernements, les investisseurs internationaux, les organisations d’employeurs et de travailleurs sur des modèles communs qui promeuvent l’impact durable au niveau national. Travailler mieux conjugue une évaluation indépendante des normes du travail avec le renforcement des capacités et la formation. Cerner le problème ne suffit pas. Nous devons aussi coopérer pour trouver des solutions. L’avenir dépend de la collaboration entre les partenaires au niveau national et les bailleurs de fonds internationaux.

Ce n’est qu’à travers un engagement le plus large que nous pourrons identifier des outils et des solutions pratiques, fondés sur une expérience réelle. Nous devons évaluer ce que nous entreprenons, identifier ce qui marche et ce qui échoue. A travers ce processus, nous pourrons construire les bases du changement.

BIT en ligne: Quelles sont les atouts que la SFI et l’OIT apportent à leur partenariat pour Travailler mieux?

Ros Harvey: L’OIT et la SFI ont mis leur expertise dans la corbeille. Travailler mieux prend appui sur les atouts respectifs de la SFI et de l’OIT. La SFI est le relais financier de la Banque mondiale pour le secteur privé. Elle a récemment adopté des normes de performance destinées à ses clients investisseurs. L’OIT est l’agence des Nations Unies spécialiste du travail et de l’emploi. Travailler mieux combine l’expertise de l’OIT en matière de dialogue social, de normes du travail et de leur application avec celle de la SFI dans le domaine du développement du secteur privé. En tant qu’organisations internationales, elles apportent au programme leur forte crédibilité et leur vaste expérience.

BIT en ligne: Au cours du Sommet des dirigeants du Pacte mondial 2007, une session était consacrée au travail. Dans quelle mesure y a-t-on discuté des liens entre le monde des affaires et les principes du travail?

Ros Harvey: Les participants ont pu directement entendre des PDG et des représentants des travailleurs, des employeurs et de la société civile débattre de la relation qui existe entre le monde des affaires et les principes du travail. Animant un forum qui réunissait des représentants du secteur privé, des principaux syndicats et organisations d’employeurs mondiaux, le Directeur général du BIT Juan Somavia a souligné le rôle des principes sociaux dans les affaires. Selon M. Somavia, le respect des droits fondamentaux au travail, des relations professionnelles fortes et la négociation collective sont des éléments constitutifs d’une entreprise durable qui réussit.

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