S'attaquer aux "déficits de travail décent"

Responsables gouvernementaux, chefs d'agences internationales et experts de haut niveau pour les questions d'économie et d'emploi se réunissent ici à Genève, du 3 au 5 juillet, afin d'appuyer les propositions pour réduire la pauvreté et offrir un nouvel espoir aux travailleurs pauvres dans le monde. Cette réunion du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) traitera de la promotion du travail décent comme issue à la pauvreté.

Type Article
Date de parution 6 juillet 2006
Unité responsable Communication et information au public
Autres langues Español • English

GENÈVE (BIT en ligne) - Cette réunion de l'ECOSOC marque un tournant dans les efforts internationaux pour trouver des solutions aux "déficits de travail décent" croissants. Déficits qui maintiennent 1,4 milliard de personnes et leur famille sous le seuil de pauvreté de 2$ par jour et confinent des millions d'autres - dont un grand nombre de jeunes - dans le piège du chômage.

L'assemblée de haut niveau accueillera des responsables de la Banque mondiale, du FMI, de l'OMC et de l'ONU, y compris de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED), et de l'OIT. Le Premier ministre pakistanais Shaukat Aziz, et le Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg prendront également la parole.

La réunion est le premier rassemblement international majeur à donner suite aux recommandations des quelque 150 chefs d'Etat et de gouvernement qui avaient déclaré, lors du Sommet mondial des Nations Unies en 2005, qu'ils "soutenaient avec force une mondialisation juste et étaient résolus à faire du plein emploi, de la création d'emplois productifs et du travail décent pour tous, y compris les femmes et les jeunes, un objectif central de leurs politiques macroéconomiques nationales et internationales, ainsi que de leurs stratégies d'éradication de la pauvreté."

L'ECOSOC coordonne le travail de 14 agences spécialisées des Nations Unies, de 10 commissions thématiques et de 5 commissions régionales, reçoit les rapports de 10 fonds et programmes des Nations Unies et élabore des recommandations politiques à l'intention du système des Nations Unies et des Etats membres. Le Conseil de 54 membres se réunit chaque année, en alternance à New York et Genève. Cette année, le Président du Conseil est l'Ambassadeur Ali Hachani, de Tunisie.

Voici quelques références et précisions sur le travail décent:

Qu'est-ce que le travail décent?

Le but de l'OIT est de "promouvoir les possibilités pour chaque homme et chaque femme d'accéder à un travail décent et productif, dans des conditions de liberté, d'équité, de sécurité et de dignité humaine". Le travail décent est un objectif stratégique pour le développement qui reconnaît le rôle central du travail dans la vie des gens. Cela signifie un travail productif et justement rémunéré, qui apporte la sécurité sur le lieu de travail et la protection sociale pour les familles. C'est aussi un travail qui offre de meilleures perspectives de développement personnel et d'intégration sociale, la liberté d'exprimer ses revendications, la possibilité de s'organiser et de participer à la prise de décisions, l'égalité des chances et de traitement pour tous, femmes et des hommes.

Selon l'OIT, le travail décent, élément central de l'action entreprise pour réduire la pauvreté, est un moyen pour atteindre un développement équitable, fédérateur et durable.

L'Agenda pour le travail décent est un agenda pratique, enraciné dans le monde réel et fondé sur l'idée que le travail est source de dignité personnelle, de stabilité familiale, de paix dans la communauté, de démocratie pour le peuple et de croissance économique qui favorise les emplois productifs et le développement des entreprises. C'est une approche intégrée qui établit des connexions entre plusieurs domaines d'intervention politique.

(Pour une information plus complète sur le travail décent, voir www.ilo.org/public/french/bureau/inf/features/06/decent_qa.htm.)

"Déficits" de travail décent

Les déficits de travail décent prennent la forme de chômage et de sous-emploi, d'emplois improductifs et de faible qualité, de travaux dangereux et de revenus précaires, de droits bafoués et d'inégalité entre les sexes. De nombreux travailleurs migrants sont particulièrement vulnérables à l'exploitation, manquent de représentation et de possibilités d'expression, et ont une protection insuffisante contre la perte de revenus liée à la maladie, l'invalidité et la vieillesse.

Quelques indicateurs du déficit de travail décent:

  • La moitié des travailleurs dans le monde vivent, eux et leur famille, sous le seuil de pauvreté de 2 dollars par personne et par jour.
  • Une grande partie du globe est confrontée à un "écart de genre" important, tant en termes de quantité que de qualité de l'emploi.
  • Les femmes sont plus susceptibles que les hommes de travailler dans l'économie informelle, avec peu ou pas de protection sociale et un haut degré de précarité.
  • Plus de 88 millions de jeunes (âgés de 15 à 24 ans) dans le monde sont sans emploi, soit près de la moitié des chômeurs dans le monde, alors qu'ils ne représentent que le quart de la population en âge de travailler.
  • Les migrations de main-d'œuvre sont en hausse. Il y a plus de 86 millions de travailleurs migrants dans le monde, dont 34 millions dans les pays en développement.
  • La croissance économique mondiale a de plus en plus de mal à se traduire par de nouveaux emplois de meilleure qualité qui permettraient de réduire la pauvreté.

Faire du travail décent un objectif mondial et une réalité nationale

Le but global du travail décent est d'apporter un changement positif dans la vie des gens aux niveaux national et local. L'OIT apporte son appui grâce à des programmes intégrés de travail décent, développés au niveau des pays, en coordination avec les mandants de l'OIT. Ils définissent des priorités et des cibles à l'intérieur de cadres de développement national et visent à s'attaquer aux déficits majeurs de travail décent à travers des programmes efficaces qui répondent à chacun des objectifs stratégiques développés plus bas.

(Pour un article de fond sur les programmes nationaux de travail décent, consultez www.ilo.org/public/french/bureau/inf/features/06/decent_progs.htm.)

L'OIT travaille avec d'autres partenaires à l'intérieur et au-delà de la famille des Nations Unies pour fournir l'expertise approfondie et les instruments politiques clés indispensables à l'élaboration et à la mise en œuvre de ces programmes. Elle apporte aussi son soutien à la construction des institutions nécessaires pour les mettre à exécution et en mesurer l'avancement. L'équilibre interne de ces programmes diffère d'un pays à l'autre, reflétant leurs besoins, leurs ressources et leurs priorités.

Pour progresser, il faut aussi agir au niveau mondial. L'Agenda pour le travail décent offre une base à un cadre plus juste et plus stable pour le développement mondial. L'OIT s'efforce de développer la dimension de travail décent dans les politiques économiques et sociales, en partenariat avec les principales institutions du système multilatéral et les acteurs majeurs de l'économie mondiale.

L'Agenda pour le travail décent

Pour réussir à mettre en pratique l'Agenda pour le travail décent, quatre objectifs stratégiques doivent être mis en œuvre, l'égalité entre les sexes étant un objectif transversal:

  • Créer des emplois - une économie qui génère des possibilités d'investissement, d'entrepreneuriat, de création d'emplois et de moyens de subsistance durables.
  • Garantir les droits au travail - obtenir la reconnaissance et le respect des droits des travailleurs. Tous les travailleurs, et en particulier les travailleurs défavorisés ou pauvres, ont besoin de représentation, de participation et de lois justes qui soient appliquées et servent véritablement leurs intérêts.
  • Fournir une protection sociale minimale - la marginalisation et la pauvreté signifient que les plus démunis ne sont aucunement protégés contre les accidents de la vie qui mènent à un niveau de vie misérable ou en déclin.
  • Promouvoir le dialogue, notamment dans la résolution des conflits - les pauvres comprennent la nécessité de négocier et savent que le dialogue est le moyen de régler pacifiquement les problèmes. Le dialogue social, impliquant des organisations de travailleurs et d'employeurs fortes et indépendantes, est primordial pour augmenter la productivité, éviter les conflits au travail, et construire des sociétés cohésives.

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