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95e session de la Conférence internationale du Travail, 2006
Combiner flexibilité et sécurité sur le marché du travail dans les Balkans occidentaux

Avec la récente décision du Monténégro de se séparer de la Serbie, la dislocation de l'ancienne Yougoslavie est certainement parvenue à son terme. Après des années de fort déclin économique, de tourmente politique et de conflit armé dans les pays des Balkans occidentaux, les taux de croissance ont grimpé dans la seconde partie des années 90, bien que ce dynamisme économique ne se soit pas traduit par une réduction du chômage.

Type Article
Date de parution 16 juin 2006
Unité responsable Communication et information au public
Sujet sécurité de l'emploi, marché du travail, chômage
Autres langues English • Español

Avec la récente décision du Monténégro de se séparer de la Serbie, la dislocation de l'ancienne Yougoslavie est certainement parvenue à son terme. Après des années de fort déclin économique, de tourmente politique et de conflit armé dans les pays des Balkans occidentaux, les taux de croissance ont grimpé dans la seconde partie des années 90, bien que ce dynamisme économique ne se soit pas traduit par une réduction du chômage. Nicola Liebert du Bureau de l'OIT à Berlin a rencontré les ministres et les représentants des employeurs et des travailleurs de la région lors de la Conférence internationale du Travail où ils ont débattu des nouvelles approches politiques pour les pays des Balkans occidentaux.

GENÈVE (BIT en ligne) - Le développement économique relativement vigoureux dans les Balkans occidentaux, qui s'est même accéléré après le passage au nouveau millénaire, ne s'est pas accompagné de progrès similaires sur le marché du travail. Au contraire, les taux de chômage dans les pays de la région ont continué à augmenter après l'an 2000.

"La croissance économique dynamique n'a jusqu'ici pas créé d'emplois. Un chômage officiel massif est apparu et perdure dans les pays des Balkans occidentaux", déclare le Directeur régional adjoint du BIT pour l'Europe et l'Asie centrale, Alena Nesporova.

Entre 2000 et 2004, parmi tous les pays de la région, seule la Croatie a réussi à augmenter l'emploi, même si ce n'est que d'un maigre 0,7 pour cent. Mais en Bosnie-Herzégovine, par exemple, le niveau de l'emploi a baissé de 1 pour cent malgré un taux de croissance annuel de 4,2 pour cent, et en ex-République yougoslave de Macédoine il a même connu 4 pour cent de déclin bien que l'économie ait crû de 1,3 pour cent par an. En 2004, le taux de chômage en Croatie a donc atteint 14 pour cent, 28 pour cent en Serbie et Monténégro, et un énorme 45 pour cent en Bosnie-Herzégovine.

Que faut-il donc faire pour garantir que le dynamisme économique se traduise par une baisse du chômage? Pendant la Conférence internationale du Travail à Genève, les ministres et les représentants des employeurs et des travailleurs des Balkans occidentaux et de la troïka de l'Union européenne, qui est constituée de l'Autriche, de l'Allemagne et de la Finlande, se sont réunis pour chercher des réponses à ces questions.

Le point de départ de la discussion a été le concept de flexicurité qui est au coeur de la stratégie de l'Union européenne en matière d'emploi et d'affaires sociales, et de l'Agenda global pour l'emploi du BIT. L'objectif était de contribuer au renforcement des institutions nationales du marché du travail dans la région et donc de soutenir les aspirations de ces pays à devenir de futurs membres de l'UE.

La stratégie politique de flexicurité vise à atteindre la plus grande sécurité possible pour les travailleurs dans une ère de concurrence accrue en raison de la mondialisation et de la nécessité d'ajustement structurel qui en découle. Comme le dit le Commissaire européen Vladimir Spidla, "Flexicurité ne veut pas dire sécurité de l'emploi, mais sécurité pour la personne, au cours des différentes étapes de son parcours professionnel. L'objectif n'est pas d'éviter les licenciements collectifs mais de s'assurer que ceux qui ont perdu leur emploi en trouveront un autre aussi rapidement que possible et qu'ils recevront dans l'intervalle un revenu de soutien. Cela demande un investissement continu dans l'éducation et la formation, et dans un appui actif aux demandeurs d'emploi. Une approche de ce type sert aussi l'intérêt des entreprises qui ont besoin d'une main-d'oeuvre qui soit à la fois flexible et qualifiée".

L'approche de flexicurité entérine le besoin d'une plus grande flexibilité du marché du travail - par exemple la possibilité d'embaucher du personnel à durée déterminée ou de licencier des travailleurs en période de ralentissement de la demande - de façon à rester globalement compétitifs. Mais en Europe centrale et orientale une politique très étendue de flexibilisation et de dérégulation n'a pas amélioré l'efficacité du marché du travail comme l'a montré une étude */ de l'OIT. Le représentant des travailleurs de Croatie, Luka Benko, a rapporté le fait que la compétitivité de son pays a reculé dans les classements internationaux après l'adoption de lois pour rendre le marché du travail plus flexible. Pourquoi, demande-t-il, les gouvernements de la région devraient-ils abaisser leur niveau de protection sociale, parfois même en dessous de celui de l'UE, Union qu'ils veulent rejoindre en fin de compte, si la flexibilisation n'a même pas eu les effets escomptés?

C'est pourquoi une nouvelle approche est nécessaire dans laquelle la flexibilisation est complétée par une employabilité et une sécurité accrues, ainsi qu'une politique active du marché du travail. Ne pas prendre en compte le besoin de sécurité des travailleurs n'aurait pas seulement un impact négatif sur les individus mais conduirait aussi à un fléchissement de la demande et, par conséquent, produirait l'effet inverse pour l'économie dans son ensemble.

Il est devenu très clair pendant la discussion ici à Genève qu'il ne devrait pas y avoir de modèle unique de flexicurité pour tous. Néanmoins, plusieurs ingrédients essentiels à la réussite d'une politique de flexicurité ont pu être identifiés: des lois appropriées pour réguler les relations de travail, des fonds consacrés à une politique active du marché du travail, un investissement dans l'éducation, la formation professionnelle et l'apprentissage tout au long de la vie, une protection sociale forte et, enfin, un Etat et des partenaires sociaux qui soutiennent le processus et s'engagent dans un dialogue.

Des représentants des Etats des Balkans occidentaux ont également recensé un certain nombre de problèmes graves qui sont spécifiques à leur région et pourraient constituer des obstacles à une politique de flexicurité. Des secteurs informels importants, parfois même en expansion, où les travailleurs ne bénéficient d'aucune sécurité ont été déplorés par presque tous les intervenants. Les études ont cependant montré que davantage de protection et une application plus stricte pourraient en fait réduire le secteur informel.

Parmi les autres problèmes figurent la relative absence de qualification de la main-d'oeuvre et le manque de fonds pour les mesures d'éducation et de formation, une tradition du dialogue social sous-développée et des institutions étatiques qui risquent d'être trop faibles pour offrir des services pour l'emploi efficaces. Le syndicaliste serbe Branislav Canak a ainsi affirmé que le modèle de flexicurité exigeait la flexibilité des travailleurs et la sécurité de l'Etat. "Mais que se passe-t-il si l'Etat n'a pas la flexibilité nécessaire pour s'adapter aux besoins?"

Le ministre bosniaque des Affaires civiles, Saffet Halilovic, a accueilli favorablement le concept européen de flexicurité, mais il a également fait remarquer que cela nécessitait des réformes non seulement de la législation du travail mais aussi de l'assurance sociale, de l'éducation et de la formation professionnelle. "Dans les économies développées qui comptent des institutions solides, c'est sans doute plus facile que dans les pays des Balkans occidentaux", a-t-il déclaré. "Que pouvons-nous faire? Nous devons obtenir l'implication des partenaires sociaux et un engagement fort de l'Etat à adopter et appliquer les mesures indispensables. Mais nous ne pouvons pas le faire seuls. L'aide de l'OIT et de l'UE dans ce processus est cruciale." En fait, l'UE offre déjà son aide aux pays balkaniques dans le cadre du Processus de stabilisation et d'association, a souligné le Commissaire Spidla.

L'Autriche est l'un des pays qui a déjà fait de la flexicurité le fondement de sa politique du marché du travail. Le ministre autrichien de l'Economie et du Travail, Martin Bartenstein, a clôturé la conférence sur une note encourageante et le message selon lequel "Investir dans la protection sociale finit par payer". Dans l'UE, les pays qui ont le plus haut niveau de protection sociale sont dans le même temps les plus compétitifs. Il a aussi appelé à la patience: "Les modèles de protection sociale, de partenariat social et de flexicurité ne se créent pas du jour en lendemain; ils ont mis du temps à s'établir dans les pays d'Europe occidentale", a-t-il précisé.


Note 1 - Sandrine Cazes et Alena Nesporova, Les marchés du travail en transition: concilier flexibilité et sécurité en Europe centrale et orientale, Bureau international du Travail, Genève, 2003.

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