HUANTA, Pérou (BIT en ligne) - Au coeur des Andes péruviennes, où les vallées fertiles et les montagnes arides forment un paysage d'une beauté rugueuse, un camion transporte un chargement insolite.
Dans le petit village de Huanta, un groupe de femmes attend ardemment l'arrivée du véhicule. La marchandise livrée vient de loin, d'une usine du Viet Nam. Ce sont des chaussures de la célèbre marque nord-américaine Converse, portées par des générations de jeunes du monde entier.
Au village, les brodeuses d'origine quechua mettent leur talent local au service de l'économie mondiale. En brodant sur les chaussures des motifs inspirés de leur culture ancestrale, elles ajoutent une valeur économique et culturelle au produit et cette activité constitue une source de travail importante pour la communauté locale.
"Nous sommes très heureuses d'avoir un emploi et nous adorons travailler", s'exclame Rosa Curi, l'une des brodeuses.
La région d'Ayacucho a été le théâtre de nombreux conflits. La dernière grande bataille des guerres d'indépendance d'Amérique latine y a été gagnée en 1824 par le maréchal vénézuélien Sucre. Au cours des années 80, la région a été le berceau du terrorisme du Sentier lumineux. Des dizaines de milliers de gens ont péri, et le pays a sombré dans la crise économique.
Aujourd'hui, la région d'Ayacucho lutte contre une misère persistante et un taux élevé de chômage dans une économie rurale fragile. Presque toutes les brodeuses ont des souvenirs tragiques gravés dans leur mémoire mais aujourd'hui le travail leur a rendu la dignité et un emploi décent.
"Selon les experts de l'OIT, ce programme favorise le développement économique local, essentiel au développement humain et social des femmes et de leur famille dans la région d'Ayacucho", explique Mario Tueros, expert au bureau régional de l'OIT pour l'Amérique latine et les Caraïbes, à Lima.
Plus de 1 000 femmes de la région bénéficient de ce travail. Converse entend employer jusqu'à 15 000 brodeuses dans d'autres régions du pays. La demande pour ces chaussures augmente chaque semaine dans les centres commerciaux sélects de Lima.
"Cela leur donne l'occasion de retrouver une vie normale, de préserver leurs coutumes traditionnelles, de se revaloriser et de reprendre confiance en elles-mêmes", explique Jennifer Levy, représentante de Converse au Pérou.
A Ayacucho, la pauvreté et le chômage frappent surtout les femmes, qui sont souvent victimes de violences familiales dues à la précarité sociale. Vicky Bedoya, qui conseille les femmes et supervise leur travail, propose également des ateliers sur les violences domestiques et la confiance en soi.
Travailler pour une multinationale exige également de respecter des normes de qualité élevées et des délais de production serrés. L'exemple de Marisol Cacéres, l'une des formatrices à Huamanga, la capitale de la région d'Ayacucho, montre que ces exigences n'excluent pas pour autant l'amitié et la camaraderie au travail. Dans leur atelier, les femmes rient et discutent, elles sont fières de leur travail.
La coopération entre Converse et les brodeuses s'inscrit dans le cadre d'un partenariat technique financé par la Direction générale belge de la coopération au développement. Pour l'OIT, ce programme illustre les bénéfices de la mondialisation.
"Ce programme a créé des emplois décents et fait reculer la pauvreté à Ayacucho. En multipliant ce type d'activité, le marché du travail dans la région pourrait être transformé", conclut Mario Tueros.
