Travail décent

L’éducation : La clef de l’emploi des jeunes en Afrique

Raïssa Kouadio est ivoirienne. Âgée de 24 ans, elle a participé aux consultations d’Addis-Abeba sur les emplois décents pour les jeunes d'Afrique. Leçons apprises, enjeux et défis de l’emploi en Afrique, Entretien !

Article | 20 juin 2023
Abidjan (OIT INFO) – Le forum de discussion d’Addis-Abeba initié par l’Union Africaine en collaboration avec l’OIT dans le cadre du quatrième comité technique spécialisé sur la jeunesse, la culture et les sports a mis en lumière le potentiel des initiatives menées par les jeunes pour renforcer les efforts des gouvernements, des partenaires sociaux et des autres parties prenantes.
Photo de famille des jeunes aux forum d’Addis-Abeba
Raïssa Kouadio, jeune fille brillante et engagée pour la cause des jeunes, a participé aux côtés de 149 autres jeunes du continent à ces discussions du 18 au 21 mai 2023 en Ethiopie grâce au bureau pays de l’Organisation internationale (OIT) pour la Côte d’Ivoire, le Benin, le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Togo.
Juriste de formation et blogueuse depuis trois ans, Raissa Kouadio s’intéresse aux questions de la justice sociale, des droits des enfants et des femmes, et surtout de l’emploi. Elle revient sur les questions de fond des discussions d’Addis-Abeba entre jeunes pour les jeunes dans cet entretien.

L’emploi des jeunes : une quête commune pour un avenir prometteur

OIT : Quelles sont les leçons que vous avez apprises des consultations d’Addis-Abeba sur la question des emplois décents pour les jeunes en Afrique ?

Raïssa Kouadio : Je retiens deux leçons fondamentales de ces consultations notamment concernant les jeunes du secteur formel et ceux du secteur informel.

Pour ce qui concerne le premier cas, les discussions ont montré que cette catégorie de jeunes ne sont pas suffisamment préparés pour le marché de l’emploi et sont très souvent laissés au bord de la route à la fin de leurs études.
Les formations qui leur sont inculquées ne sont pas toujours adaptées au marché de l’emploi en constante mutation. Les jeunes en fin d’études font face à la question de l’expérience professionnelle demandée par certaines entreprises qui embauchent. Ceci est un obstacle pour les jeunes. Aucune entreprise ne veut ne veut former. Elles veulent toutes un produit finit.
Les jeunes en quête d’expérience sont souvent mal traités, mal payés pour ceux qui ont la chance ou alors non rémunérés du tout et cela est un frein à l’emploi pour les jeunes.

Dans le secteur informel, c’est encore plus difficile pour les jeunes qui sont souvent abandonnés à leur sort. Les financements ne leur sont pas souvent accessibles au motif qu’ils ne remplissent pas les nombreuses conditions.

Raïssa Kouadio en pleine intervention lors du forum d’échanges
OIT : Quel rôle les jeunes devraient jouer dans les processus politiques de création d'emplois ?

RK : Au-delà des plaidoyers auprès des gouvernements, les jeunes pourraient créer des solutions innovantes au problème de l’emploi. L’engagement des jeunes pourraient participer au changement.

OIT : Justement, les solutions innovantes parlons-en. Quelles sont-elles pour les jeunes dans la création de plus d'emplois de meilleure qualité pour les jeunes ?

RK : Comme solutions innovantes, je citerai entre autres la mise en place de bourses encourageant et finançant les initiatives des jeunes dans le domaine du numérique qui est un vivier d’emploi pour les jeunes. Le développement de plateformes numériques avec des formations adaptées au marché de l’emploi accessible à tous dans le système éducatif, est une solution innovante. L’ouverture et la facilitation de financement de jeunes porteurs de projet entrepreneurial et leur accompagnement en est une autre. Je n’oublierai pas le développement de système de mentorat, le financement de projets des jeunes tournés vers la création d’emplois pour d’autres jeunes. Et pour finir sur cette question de solutions innovantes je n’oublierai pas la transformation de l’éducation avec des formations adaptées au marché de l’emploi.

Raïssa Kouadio pose au pied de photos de dignitaires de l’Union Africaine
OIT : Quelle stratégie, l'OIT et l’UA pourraient adopter pour créer beaucoup d'emplois pour les jeunes ?

RK : En termes de stratégie, il serait bénéfique de faire un plaidoyer auprès des Etats en vue de transformer l’éducation et offrir aux jeunes, des formations adaptées au marché de l’emploi. Il faudra aussi beaucoup communiquer sur les questions de santé sexuelle, mentale et offrir aux jeunes un cadre de bien-être. Il faudra identifier, documenter et encourager les initiatives des jeunes. A ces éléments cités, je pourrais prescrire la mise en place de fonds d’appuis auxquels les jeunes auront accès pour se lancer dans l’entrepreneuriat jeune.
Les politiques devraient offrir un cadre d’accompagnement (formations, suivies des activités) des jeunes entrepreneurs.

OIT : À quelle Afrique rêvez-vous ?

RK : Je rêve à une Afrique où chaque année nous n’aurons pas à nous inquiéter de comment insérer les jeunes sortant des universités sur le marché de l’emploi. Je rêve à une Afrique où les opportunités d’emploi seront à profusion. Je rêve également à une Afrique où chaque jeune pourra exercer le métier de son rêve. Je rêve à une Afrique où le jeune homme, la jeune fille en quête d’emploi sans expérience en trouve, où le stagiaire ne sera pas abusé par son employeur. Je rêve enfin à une Afrique où chaque jeune pourra bénéficier d’un travail décent.

OIT : Pour conclure, que retenir de ces consultations d'Addis-Abeba en un mot ?

RK : De ces consultations d’Addis-Abeba, je retiens que l'éducation est la clef pour résoudre la question de l’emploi des jeunes et qu’il est possible d’atteindre 1 million d’opportunités d’emplois pour les jeunes par an avec l’apport des jeunes eux-mêmes.

Les jeunes lors d’un des panels de discussion sur le sujet de l’emploi décent