Interview avec Lene Olsen

Une transition juste pour tous: le passé peut-il éclairer l’avenir?

Le Bureau des activités pour les travailleurs (BIT-ACTRAV) vient de faire paraître le tout dernier numéro du Journal international de recherche syndicale qui porte sur «Une transition juste pour tous: le passé peut-il inspirer l’avenir?». Dans cet entretien, le point focal d’ACTRAV sur les Emplois verts, Lene Olsen, explique les enjeux qui se rattachent à la question d’une transition juste dans le monde du travail, en particulier pour le mouvement syndical.

Actualité | 11 juin 2015
ACTRAV INFO: Pourquoi consacrer un numéro du Journal international de recherche syndicale au thème de la transition juste?


Le développement durable et le changement climatique représentent sans conteste deux des principaux défis auxquels les travailleurs et le monde sont aujourd’hui confrontés. Nous savons que le changement climatique va entraîner de profondes mutations dans les processus et techniques de production ainsi que dans la réorganisation des emplois. Ce qu’il faut, c’est une transition vers une économie plus verte et plus viable sur le plan social – à travers un processus de transition juste négociée.

En 2013, la 102e session de la Conférence internationale du Travail (CIT) s’est attaquée à ces défis et a adopté des Conclusions en vue de parvenir au travail décent, aux emplois verts et au développement durable.

Ce numéro du Journal est donc une contribution au suivi de cette Conférence de 2013, qui exhortait l’OIT à donner de nouvelles orientations sur ces questions, et tout particulièrement sur la nécessité d’une transition juste pour tous.

Ce Journal s’emploie à tirer les enseignements de quelques expériences de transition afin d’analyser dans quelle mesure ces processus ont été (ou non) gérés avec succès dans le passé et comment on pourrait faire face aux futures transitions d’une manière équitable. Les articles abordent tous un ou plusieurs des éléments mis en exergue par les Conclusions de la CIT dans le cadre de la «transition juste» et apportent une motivation et une sérieuse justification au recours à ces politiques pendant la transition vers la durabilité.

L’objectif est d’inspirer la mise en place par l’OIT d’une approche du défi que constitue une transition juste pour tous; approche qui inspirera ensuite celle des mandants aux quatre coins du monde. La prochaine étape de ce processus sera une Réunion d’experts convoquée pour octobre 2015 à la demande du Conseil d’administration du BIT.

ACTRAV INFO: Quelles sont les principales leçons qui se dégagent des articles présentés dans ce numéro?

Trois conclusions se démarquent tout particulièrement:

Pour commencer, la nécessité d’une cohérence des politiques. Les exemples où l’on trouve une association des politiques régionales et locales, des politiques dynamiques en matière de reconversion et de formation, des régimes de protection sociale (incluant le départ anticipé à la retraite, des indemnités pour perte de revenus et des subventions salariales pour la réintégration des chômeurs et des travailleurs menacés par le chômage) etc., font apparaître que les transitions se passent mieux lorsque les politiques ont été coordonnées.

On constate ensuite que là où les travailleurs prennent part aux processus décisionnels liés aux politiques qui ont une incidence sur leurs lieux de travail ou sur le marché du travail en général, les transitions sont non seulement plus efficaces et plus progressives, mais elles sont aussi plus équitables pour les travailleurs et les entreprises.

Enfin, il faut évoquer la nécessité de disposer de données pour pouvoir réaliser des évaluations, des mesures de suivi et des études. En l’absence de données, il est très difficile d’analyser les politiques et leurs effets. Le recours à des évaluations des effets sur l’emploi pour planifier des transitions et préparer les pays à une réorganisation des emplois plus harmonieuse et à une aide aux travailleurs mieux adaptée dans des secteurs confrontés à des licenciements est également jugée essentielle.

ACTRAV INFO: Quel rôle les syndicats peuvent-ils jouer pour relever les défis du développement durable et du changement climatique?


Les syndicats peuvent ici jouer un rôle crucial. Au niveau politique, ils peuvent aider à faire naître un large soutien public à des politiques de transition juste et contribuer à obliger les gouvernements à honorer leurs engagements.

Ensuite, ils peuvent orienter eux-mêmes les politiques. Comme nous l’avons dit, les consultations et la participation de toutes les parties prenantes concernées à la formulation et à la mise en œuvre de la politique aux niveaux local, national, régional et international s’avèrent cruciales pour la cohérence des politiques. Par le dialogue social, les syndicats peuvent mieux veiller à ce que les résultats sociaux soient pris en compte et à ce que les politiques sociales et relatives au marché du travail viennent compléter les mesures économiques et environnementales lors de la transition vers une économie plus durable.

Les syndicats ont également un rôle central à jouer pour inscrire à l’ordre du jour la question du travail décent et tout spécialement des conditions de travail dans les emplois verts – non seulement dans les stratégies politiques nationales mais aussi au niveau international.

2015 est une année décisive pour des accords mondiaux sur le développement durable et le changement climatique. Les Nations Unies sont en passe de définir un programme de développement pour l’après 2015 et, si tout va bien, d’adopter un ensemble d’Objectifs de développement durable (ODD) en septembre prochain. De son côté, la toute prochaine 21e Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21), qui se réunira à Paris en décembre prochain, pourrait, là encore si tout va bien, parvenir à un accord universel sur une nouvelle donne climatique.

Les syndicats ont un rôle important à jouer dans ces deux initiatives auxquelles ils prennent une part active.